LA MAISON DEVASTEE
Il ne restait pas un meuble dans le presbytère. Pierre dressa le lit de sangle qu'il avait apporté dans une chambre du premier étage, et monta les bardes de sa tante. Pendant ce temps, Justine allumait quelques fagots dans la cuisine et déballait un panier de provisions. Elle fit souper son neveu, qui, grâce à ses dix-sept ans, mangea de bon appétit ; pour elle, il lui fut impossible de prendre autre chose qu'un verre de cidre.
(( J'ai le cœur trop serré, dit -elle; tout ce qui s'est
passé ici me revient en mémoire. Demain , cela me fera moins de peine, peut -être. Bonsoir, Pierre, tâchons de dormir. \
Bientôt après, Pierre, étendu tout habillé sur une paillasse, dormait profondément au rez-de-chaussée, tandis que Justine disait son chapelet, assise dans son ancienne chambre, autrefois si proprette et si bien agencée, et où rien n*était resté que les quatre murs d'où l'humidité avait çà et là décollé le papier flétri.
Pauvre M. le curé, se disait- elle, il ne croyait pas possible que Ton vînt piller ici, et, en s'éloignant, il espérait tellement revenir bientôt, qu'il n'emporta qu'un seul tome de son bréviaire. Hélas ! où est- il à présent? Et M™® la comtesse ! Celle-là ne souffre plus; elle est au ciel, elle protégera la petite. Pauvre enfant! comment ferai-je pour l'élever comme doit l'être une fille de sa naissance, moi qui sais à peine lire? Et pourtant,* je l'ai promis à sa mère. Je ne la quitterai jamais. J'ai fait une imprudence en ne l'amenant pas ici avec moi. Pourvu que Babet ait bien soin d'elle! Elle est si petite, si délicate!
Et la bonne Justine ne s'endormit que bien après minuit.