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L ADORATION DES MAGES

procurant cette occasion d'un pareil achat,il avait manqué au plus invétéré de ses principes. Personne, tu m'entends bien, personne n'a jamais pu lui soutirer un conseil sur le plus ou moins de valeur d'une œuvre : « L'art ne s'achète ni ne se « vend. » C'était une de ses maximes. Non, le vrai motif de ce que tu appelles si justement un royal cadeau, tu le comprendras : une fois le panneau nettoyé et quand nous l'eûmes là, devant nous, qui remplissait de sa splendeur de chefd'œuvre cette misérable chambre d'hôtel, le vieillard posa sa main sur mon épaule avec la même solennité qu'il avait eue pour me promettre une récompense de ma bonté envers Sauviat; puis, fixant ses yeux sur les miens avec une fureur presque haineuse : ce Donnez-moi votre parole, » me demanda-t-il, « que jamais vous ne vendrez ce cette c4doration des mages ? — Je vous en donne ce ma parole, » lui dis-je. — «Et qu'elle restera ce toujours dans votre atelier? — Et qu'elle restera « toujours dans mon atelier. — Et que vous la «c léguerez au Louvre après votre mort? — Et que « je la léguerai au Louvre après ma mort. — ce Alors, » continua-t-il, ce si cette noble et haute « chose ne vous fait pas sentir que vous ne deve\ ce pas continuer à déshonorer votre talent par oc des œuvres indignes, c'est que vous êtes un ce criminel, entendez-vous?i//z criminel... » Et avant que j'eusse pu lui répondre, il avait disparu, me

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laissant plus stupéfié de cette brutale et insolence sortie que je ne l'ai jamais été de ma vie, en têteà-tête avec ce joyau... »

— « Et tu n'as plus revu cet étrange homme? » interrogeai- je après un silence.

— « Je ne l'ai plus revu, » répondit Maxime, « et j'en suis bien heureux, car je lui dois les plus mauvais moments de ma vie d'artiste. Mais oui... Croirais-tu cela, toi qui me connais si ferme, si indifférent à ce qui se dit ou s'imprime sur mon travail ? Cette furieuse haine de mapauvre peinture, quand je la rencontre chez des confrères, je me dis : c'est la basse envie ; chez lçs journalistes : c'est la crasse ignorance. — Chez un homme que j'avais constaté si fin, si intelligent, si délicat, puisque je l'avais vu à ce point touché de mes procédés pour son ami, une telle sévérité ne pouvait plus s'expliquer de la sorte. — Peut-être aussi un irrésistible hy pnoti sme émane-t-il de certaines personnalités très volontaires, très convaincues... Bref, rentré à Rome, j'examinai par le menu toutes les esquisses et tous les tableaux de mon hiver. Quarante-huit heures plus tôt j'en étais si content, si fier. Il me sembla soudain que des écailles me tombaient des yeux et que toute cette œuvre dont je m'enchantais était profondément, irréparablement médiocre. Je me souviens. Comme si j'eusse obéi malgré moi à l'injonction de ce passionné La Rochette, j'avais placé cette vido-

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