‹ RecommencementsChapitre 22 sur 25 · HUMBLE EXE · texte numérisé non relu

HUMBLE EXE

— a A quelle influence j'ai dû ma guérisor.

disait-il. <r Ah ! elle m'est venue de bien bas, d bien humble exemple, et ceux qui ressusciter en moi le croyant, l'homme d'action, d'éner et d'espérance, ne s'en sont jamais doutés. Us s'en doutent guère encore. Et moi-même je me doutais guère que j'étais à une date si d< sive de ma vie par le matin de ce fatal hiver quel ce souvenir se rapporte. J'étais rentrt Poyanne depuis six jours à peiné, écrasé du c grin de cette affreuse guerre. Les médecins n vaîent fait, du retour dans l'air natal, une p: cription absolue. Vous pensez que je n'avais gu la tête aux programmes législatifs. A peine si savais la date exacte où les électeurs étaient con qués. Et que m'importait leur verdict ? Rendra; la vie à tant de braves gens tués depuis le mois juillet, et pourquoi? Rendrait-il au pays sa glc perdue? Aussi demeurai-je singulièrement surj lorsque je reçus ce marin-là d'un de mes amis Besançon le télégramme m'annonçant que j'éi nommé député sur la liste du Doubs, et l'un t

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premiers, sans avoir posé ma candidature. C'était cette balle reçue sous Orléans au milieu de mes soldats, qui me valait cette élection, et aussi l'ancienneté de notre famille. C'était surtout l'autorité à demi légendaire que mon père avait su acquérir dans toute la Comté. Cet homme rude était aussi un homme parfaitement juste. Nous ne nous sommes guère entendus quand il vivait, il a été plus que dur, cruel pour ma pauvre mère, pourtant je serais très ingrat si je ne lui reconnaissais pas ce grand mérite de s'être montré, dans les temps modernes, un vrai féodal, un de ces seigneurs terriens, orgueilleux, sans doute, et brutaux, mais chez qui la tyrannie se double d'un irréprochable sentiment de responsabilité. Et puis, lors de mes terribles difficultés dans mon funeste ménage, j'ai trouvé dans ce caractère antique un si ferme appui. C'est moi qui ai reçu le coup d'épée de mon adversaire dans notre rencontre. C'est mon père qui en est mort, oui, mort de chagrin, de m'avoir poussé, presque contraint à cette union maudite... »

— ce Comme j'aimerais à en parler avec mon vieil oncle de Nançay qui a dû siéger à la Chambre des pairs avec lui sous la Restauration, » interrompit Juliette. Elle arrêtait ainsi le comte sur la pente de ces pénibles souvenirs conjugaux — pour lui, afin qu'il ne s'y meurtrît pas le cœur, et pour elle-même. Elle voulait bien se faire la

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consolatrice de cette tragédie domestique. Il ne lui plaisait pas que Poyanne la lui racontât trop souvent. Les meilleures des amies ont de ces nuances d'amour-propre, quand elles s'improvisent les sœurs de charité du mal qu'une autre femme a fait à leur ami.

— ce Votre oncle vous dira quel orateur fut mon père dès sa trentième année, d reprit Henry, « et c'est lui que ces braves Comtois auraient eu le bon sens de nommer s'il avait été là. Je me souviens. Quand cette dépêche m'arriva, j'éprouvai une sensation plus aiguë encore de l'injustice des destinées. Mon père avait brigué trois fois le suffrage de nos compatriotes, et trois fois la préfecture l'avait fait échouer, sous Louis-Philippe, en 1848, et sous l'Empire. Toute administration savamment organisée l'eût combattu de même.

Ce monarchiste intransigeant avait laissé une trop éclatante légende d'éloquence pour n'être pas désigné d'avance comme le plus dangereux adversaire, et moi qui, jusque-là, n'avais jamais montré le moindre talent de parole, moi qui n'avais même pas signé de profession de foi, voici que ces injustes électeurs m'accordaient, me prodiguaient leurs suffrages, et à quel moment? Lorsque toutes choses autour de nous attestaient l'inutilité de l'effort humain, l'universelle loi d'avortement... Ma patrie ? Je l'avais défendue de mon sang, moi chétif parmi tant d'autres. Je la voyais vaincue

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et d'une défaite que je jugeais, à cette époque, irréparable. Mon foyer ? Je l'avais quitté vide, abandonné par celle qui eût dû en être la joie et la fierté, je le retrouvais encore vide et, de plus, souillé par l'occupation étrangère. Même ce château de ma famille, respecté par la Révolution, des garnisaires de hasard l'avaient pillé dans leur marche contre l'armée de l'Est. Barbarement, inutilement, ils avaient dévasté la bibliothèque, brisé des meubles, crevé des toiles, enfin détruit sans but ce que leur sauvage ivresse avait eu sous leur main. Mes amis politiques ? Ils me nommaient député, à mon insu. Mais pourquoi encore? Je savais que jamais M. le comte de Chambord n'accepterait de rentrer avec le drapeau de 89, et, je connaissais trop ce pays-ci pour en douter, autant valait dire : <sc Je ne veux pas régner. » — Moimême je me sentais si épuisé de ces longues semaines d'ambulance, ma blessure à peine fermée me faisait encore tant souffrir... Oui, je me souviens, j'eus là, devant ce télégramme, qui m'annonçait cette élection, un de ces accès de découragement absolu où tout le fiel de la vie vous crève à la fois sur le cœur. C'est la dernière étape avant cette autre lassitude qui nous met le pistolet en main, pour en finir. Je ne pensai certes pas au suicide à cet endroit-là, mais l'esprit de lutte et de bonne volonté, mais ce vieux génie de la race qui nous souffle le conseil de marcher, de combattre,

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de ne pas nous rendre, comme il était mort dans mon être, et comme j'étais peu le fils de mon père, de cet acharné d'espérance qui dans son agonie appelait encore son Roi! Je me trouvais dans le cabinet de travail qui avait été le sien, vaste pièce éclairée d'un sombre jour du nord. Les étroites et longues fenêtres, percées dans l'épaisseur des énormes murs du château, donnaient sur une plaine couverte de neige. La pensée des années que ce gentilhomme si énergique et si prématurément paralysé dans cette énergie, avait vécues là, entre ses chiens et sa collection de pamphlets royalistes, me serra le cœur. Cette image, bien loin de me susciter, acheva de briser en moi tout ressort, et, avec le porte-plume dont mon père avait coutume de se servir, avec son encrier, sur une feuille de son papier, j'écrivis à mon correspondant une lettre par laquelle je refusais le mandat qui m'était offert si spontanément. J'avais un trop légitime prétexte dans ma santé compromise, — et, cette lettre signée, l'enveloppe fermée, l'adresse tracée, je regardai autour de moi avec une sensation de bien-être intérieur que je ne connaissais pas depuis très longtemps. Je ne quitterais plus jamais ce coin du monde où j'étais né. Non. Jamais! Je me préparais à m'y ensevelir vivant, et ce m'était une étrange douceur que cette abdication définitive de tout rêve d'avenir. A défaut du bonheur qui m'avait déçu, de l'amour qui

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m'avait trahi, de la famille qui me manquait, de l'amitié à laquelle je ne croyais plus, j'aurais la paix. Implora pace, cette épitaphe d'un tombeau d'Italie, tant admirée par lord Byron, serait la devise de mon existence entière. En disant adieu, avant même d'y être entré, à ce rôle politique dont mon adolescence avait pourtant caressé la chimère, n'achevais-jepasde tuer en moi l'homme jeune, l'homme actif et dévoué à une ambition, à des idées, à une cause, pour ne plus laisser subsister que le vaincu de la vie, vaincu comme était mon pays, comme était mon parti, — mais un vaincu qui a signé le revers, comme on disait après Sedan, et qui n'a même plus le droit de se battre ? »

— « Sont-elles jamais bien vraies, ces abdications ? » interrompit M me de Tillières en souriant, ce et la preuve, c'est que vous n'avez pas envoyé la lettre. Vous sentiez frémir en vous le talent d'orateur que vous avez montré depuis, et un orateur qui renonce à la tribune, c'est comme une jolie femme qui renonce au monde. Il y en a un

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cas par cent ans, de quoi justifier le proverbe sur les exceptions... »

— « Hé bien ! madame, j'ai été cette exception ce matin-là, » reprit Henry, « et très sincèrement. Ma lettre écrite, je la cachetai* toujours avec le cachet de mon père, par un ironique besoin de l'associer jusqu'au bout à ce suicide moral. Puis, comme le facteur qui recueillait le courrier à Poyanne était déjà passé, et qu'il faisait un admirable temps de février, bleu, sec et froid, je me résolus à porter cette lettre moi-même au prochain village. Je fis seller le plus doux des chevaux de l'écurie. Il m'en restait trois qu'un vieux cocher, demeuré au logis, avait trouvé le moyen de conserver. J'étais si faible, et c'était ma première sortie. Je me revois trottant lentement sur cette belle route grise, dont les arbres sans feuilles montraient partout la trace d'un combat qui s'était livré l'autre mois dans ces gorges de nos montagnes. Les balles avaient éraflél'écorce des troncs, brisé les branches, et des éclats d'obus pointaient, tout noirs sur la neige durcie des coteaux. Je reconnaissais — avec quelle mélancolie! — le pays où s'était écoulée mon enfance. Mais ici une maison éventrée, ailleurs un mur écroulé m'attestaient quelles scènes épouvantables s'étaient déroulées dans cet horizon, associé pour mon souvenir à des tableaux d'une vie campagnarde et presque idyllique. Ces traces funestes n'étaient

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pas faites pour ranimer ma fermeté défaillante, et encore moins les impressions qui m'étreignirent à un carrefour que je traversai pour gagner le village de la poste. Une histoire tragique et trop récente se rattachait pour moi à ce détour de ma route. A une petite heure, par un des quatre chemins coupés là en croix, on gagnait une ferme à nous, où je n'avais pas osé faire visite depuis ma rentrée à Poyanne. Le paysan qui l'exploitait et sa femme étaient presque deux vieillards. Ils avaient chacun une pièce de cinquante-quatre, cinquantecinq ans, comme on dit chez nous. Je les avais connus, gérant cette ferme depuis ma première enfance, et ils travaillaient pour mon père bien avant. Ces malheureux s'étaient avisés, quelque vingt ans plus tôt, se trouvant trop seuls, et sans enfants, d'adopter un garçon pris à l'hospice de Besançon. Ils l'avaient élevé et aimé comme leur fils, et moi qui crois savoir un peu distinguer la vérité des cœurs sous les mensonges des phrases et des attitudes, je n'ai pas vu beaucoup de fils aimer leur père et leur mère comme Bernard — c'était le nom de ce jeune homme — aimait et respectait les vieux Gouhot. Ce fils, cet appui préparé longuement à leur vieillesse par ces deux braves gens, cet orgueil et ce bonheur de leur charité, je l'avais vu, quatre mois plus tôt, dans le premier engagement où donnèrent mes mobiles, tomber devant moi, la poitrine fracassée par un

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boulet qui l'avait tué raide. J'avais dû annoncer cette nouvelle aux malheureux fermiers par une lettre à laquelle ils ne répondirent que quelques lignes, dictées sans doute au maître d'école le plus proche, — car eux ne savaient pas écrire. Mais la douleur empreinte dans ce billet de commande était si navrante que, depuis ma rentrée, je n'avais pas eu le cœur d'aller jusqu'à leur maison. Ils n'étaient pas non plus venus chez moi, soit qu'ils ignorassent mon retour, soit que, le sachant et le cœur saignant, ma vue leur fît vraiment trop de mal. Cette dernière explication me paraissait la plus vraisemblable, bien que la dureté simple de ces gens de la campagne ignore toutes nos mièvreries... y>

— oc J'ai connu à Nançay, » dit la marquise, a une vieille paysanne qui était ainsi. Depuis la mort de sa fille, qui avait été baptisée et qui avait fait sa première communion le même jour que moi, elle ne voulait plus me voir, parce que je la lui représentais trop. Les âmes les plus frustes ont de ces subtilités qui prouvent que l'on n'apprend pas à sentir... »

T— « C'est bien cette raison, » reprit Poyanne, ce qui me fit hésiter une minute, si près de chez eux, à pousser jusqu'à leur ferme. Puis la curiosité, la pitié aussi, peut-être la destinée, l'emportèrent, et j'engageai mon cheval sur le chemin qui menait chez eux, quoique ce fût un détour de

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quatre kilomètres. En suivant cette route, je me rappelais avoir assisté, très jeune encore, à la visite que Gouhot avait faite à mon père pour demander un conseil sur les formalités d'adoption. J'entendais ce terrible homme dire au paysan avec cette gouaillerie qui m'a tant supplicié: « Adopter un garçon, la belle idée que tu as là, ce et tous mes compliments ! Que va-t-on te donce ner aux Enfants-Assistés? Un fils de mauvais ce père et de mauvaise mère, du sang de bâtard « qui ne mentira pas. A dix ans il te pillera tes ce fruits, à quinze ans il te boira ton vin, à vingt « il te dérobera ton argent, et à vingt-cinq il ce vous assassinera, toi et ta femme, et vous Tauce rez bien voulu... » Et je me souvenais du fermier et de la fermière se regardant, décontenancés par cette féroce sortie. Et j'entendais la femme répondant : « Ça sera comme ça sera, monsieur ce le comte ; on l'élèvera de son mieux, et le bon ce Dieu fera le reste. » Le reste I... Comme mon père avait prévu juste, tout de même, en prévoyant le pire ! Le malheur était arrivé, sous une autre forme, mais le complet malheur. Quel symbole de la vanité de nos meilleurs efforts que cette sinistre issue d'une si généreuse adoption! Ces deux paysans, en caressant ainsi la chimère d'une tendresse filiale auprès d'eux, qu'avaient-ils obtenu, sinon d'offrir une place à Tin juste sort où enfoncer son couteau ? Car c'était là ce qu'ils avaient

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rêvé, tout rustres qu'ils fussent, une chaude, une reconnaissante affection, au coin de leur cheminée qui ne suffisait plus à attiédir leur chambre solitaire. Us étaient riches pour leur condition, et ils n'avaient jamais voulu que Bernard travaillât aux champs. Ils en avaient fait presque un bourgeois, quelqu'un d'aussi instruit qu'ils l'étaient peu, la vraie revanche de leur laborieux destin, avec la sorte de romanesque naïf qui tourmente les cœurs plébéiens, ce Mon fils saura lire. Il saura parler. Il « n'aura pas mes mains calleuses, mes épaules o: voûtées, mes dures journées.» Ils pensent ainsi quand ils ont l'âme fine sous leur rude enveloppe. Puis une guerre éclate, sans que le pouvoir les ait consultés autrement que pour leur demander leur confiance en leur promettant la paix, et le coup de canon tiré par un gars du même âge échappé de quelque autre hameau de Bavière ou de Souabe achève le roman de famille, dans la fosse commune d'un soir de bataille. C'est parmi ces pensées que je débouchai sur le pittoresque vallon où se tapit la ferme des Gouhot. Y étais-je assez souvent venu à d'autres époques! Avais-je assez souvent aperçu Bernard, dans mes journées de chasse solitaire, depuis ces vingt ans, tour à tour petit garçon et qui jouait avec les chiens, puis grandelet et il s'occupait à quelque menu ouvrage, puis adolescent et il lisait, par les beaux jours de septembre, assis au pied d'un vieux noyer. Ce

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noyer se dressait, lui, toujours à la même place. Et rien n'avait bougé de ce paysage d'une grâce un peu farouche, qui entourait la maison. — La nudité triste de la prairie brûlée par les gelées en achevait le pittoresque. Les arbres dépouillés brillaient sous le givre, le ruisseau était emprisonné de glaçons et le couvert de sapins sur le coteau retenait par-dessus ses branches sombres de larges plaques de blanche neige. C'était l'hiver, avec sa taciturne désolation, qui s'harmonisait si bien à mes sentiments. Mais une charrue dételée attendait à l'angle d'un champ, destiné à l'ensemencement de l'orge et à demi labouré. Elle proclamait que le deuil des habitants de la ferme ne les empêcherait pas de recommencer le labeur de chaque année. Pauvre vieux Gouhot!

Pauvre serf, si infatigable à la tâche ! Pauvre vieille compagne de ce dur ouvrier, si laborieuse aussi! A quoi bon avoir tant peiné ? »

— « Si j'avais été votre amie alors, » dit tendrement M mc de Tillières en voyant que le comte se taisait, absorbé sans doute par ce souvenir, ce je vous aurais défendu ces émotions, dans la crise morale que vous traversiez!... »

— o: Ces émotions-là ne devaient pas m'être funestes, » reprit Poyanne. <c Comme j'avais mis mon cheval au pas dans l'étroit sentier qui tourne vers la ferme, je vis accourir à moi un chien de basse-cour que je ne connaissais pas. Il aboyait

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sauvagement, comme pour m'interdire l'entrée d'un seuil où j'allais raviver une inconsolable douleur. Je ne fus pas peu surpris d'entendre aussitôt une voix d'enfant calmer cet aboiement en interpellant la bête par son nom peu original de César, et une fillette s'échappa de derrière une haie où elle était en train de jouer avec un autre chien, tout jeune, celui-là, qu'elle tenait dans ses bras. Cette petite avait sept ans peut-être, et son visage, plus délicat que ne l'est d'ordinaire celui des campagnardes, ne montrait pas le hâle accoutumé des champs. Elle était plutôt blanche de cette blancheur du teint, presque souffrante, et qui décèle la mauvaise nourriture, l'air confiné, l'hérédité suspecte. Elle était proprement et chaudement vêtue d'habits simples, mais neufs. Quand elle m'aperçut qui avais arrêté ma bête à la porte de l'enclos, elle rougit vivement, sauvage et intimidée, tandis que Médor bondissait au tour d'elle avec des aboiements affectueux; ils étaient inspirés par la jalousie pour l'autre chien que la petite fille continuait de caresser, afin de se donner une contenance. Évidemment ce chien de garde la connaissait, c'était son amie et une amie très intime. « Ce sera l'enfant de quelque voisin, » pensaisje, et je l'interrogeai : <c Le père Gouhot est-il là, « ma gentille enfant? » Après tout ce que je vous ai raconté de mes impressions, vous comprendrez quelle fut ma stupeur en voyant cette fille courir

vers la maison, et elle criait : a Maman, un monde sieur qui te demande... » et je vois sortir de cette maison, qui? la mère Gouhot avec sa large face ridée, aussi jaune et aussi desséchée que les pommes qui finissaient leur hiver dans le grenier dont la fenêtre ouvrait au-dessus de sa tête grise. Presque aussitôt après elle, maître Gouhot lui-même paraît sur le pas de la porte, avec son bon regard où l'honnêteté du brave homme et la réflexion futée du cultivateur se lisaient également. Tous deux demeuraient là sans avancer, si visiblement confus, si émus, que leurs grosses mains cordées de veines en tremblaient. Enfin ils s'approchèrent de mon cheval, toujours avec cette étrange timidité : ce Ah ! c'est nous qui aurions dû aller au <c château, monsieur le comte... — Monsieur le a comte est revenu pour longtemps au pays?... » Enfin toutes sortes de phrases comme désorientées et qui contrastaient d'autant plus avec l'accueilauquei je m'attendais, qu'ils ne prononcèrent même pas le nom de Bernard. J'eus bien vite le mot de cet embarras, quand je fus descendu de cheval, et quand, entré dans la maison, après un silence durant lequel je les observai tous trois, le mari, la femme et la petite fille, étonné de ce que je croyais deviner, Gouhot en personne commença : — ce Alors on vous a tout rapporté, mon- <c sieur le comte, et vous nous trouvez bien durs ce pour lui. . . » — « Ma foi, » lui dis-je, oc mon brave

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