‹ RecommencementsChapitre 7 sur 25 · RÉCIT D'UN REPORTER · texte numérisé non relu

RÉCIT D'UN REPORTER

u and j'eus soumis au directeur du 'Boulevard — le plus littéraire des grands journaux Parisiens — le projet de mon « Enquête sur l'Age de l'Amour », il parut étonné qu'une idée aussi ce journalistique », ce fut son mot, eût germé toute seule dans la cervelle de son plus récent collaborateur. J'étais chez lui depuis quinze jours, et c'était mon premier journal :

— ce Complétez votre question, mon cher Labarthe, » me dit-il avec un air un peu moins insolent que d'habitude. Puis, quand il m'eut écouté quelques minutes, il résuma : ce Bon, cela. Vous

allez donc demander à ces messieurs et à ces dames à quel âge on aime le mieux, premier point; à quel âge on est le plus aimé, second point... C'est bien votre idée? Et maintenant, qui allez-vous interviewer d'abord?... b

— « J'ai dressé une liste, » lui répondis-je, et je tirais de ma poche une feuille de papier. J'y avais griffonné les noms des a personnalités » que je me proposais d'interroger sur ce palpitant problème, et je commençai de lire ma liste. Il y avait là dedans un général, deux anciens ministres, un dominicain, quatre actrices, dont deux de café-concert, et quatre acteurs, dont un décoré, deux financiers, deux avocats, un chirurgien, un médecin légiste, et une suite de littérateurs célèbres. Tantôt mon interlocuteur approuvait de la tête; tantôt il disait de sa voix brève, qui affecte des allures américaines : « Mauvais... Biffez... » jusqu'au moment où j'arrivai au nom que j'avais gardé pour le dernier, celui de Pierre Fauchery, le célèbre romancier.

— « BifTez encore, » fît-il en haussant les épaules; a il est brouillé avec nous... »

— a Pourtant, » insinuai-je, « s'il y a quelqu'un dont l'opinion intéresserait les lecteurs et surtout les lectrices?... Je comptais même commencer par lui... »

— « Parbleu ! » interrompit le rédacteur en chef, « mais Fauchery a pour principe de ne rece-

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voir aucun reporter. Ce n'est pas un, c'est dix que je lui ai envoyés et qu'il a tous consignés à sa porte... Le "Boulevard n'aime pas qu'on se moque de lui, et nous l'avons passé à tabac, deux ou trois fois... Ainsi... »

— « Hé bien ! » lui dis-je, « j'aurai tout de même une interview de Fauchery et pour le "Boulevard. Je vous en donne ma parole. J'ai un moyen sûr... »

— ce Si vous y arrivez, » répondit mon homme en me regardant, ce il y a deux louis de plus pour vous... Au fond, il m'énerve, ce monsieur qui a l'air de cracher sur la réclame. Il faut qu'il y goûte, comme les camarades... Mais, » ajouta-t-il en haussant ses larges épaules, «vous n'y arriverez pas... Voyons pourtant votre moyen sûr?... »

— « Vous me permettrez de ne vous le dire qu'après. Dans quarante-huit heures, vous verrez si, oui ou non, j'ai réussi. »

— ce Allez-y, et, vous savez, ne ménagez pas le pèlerin. »

Décidément, j'avais fait des progrès comme journaliste, rien que dans cet apprentissage d'une quinzaine de jours, puisque je laissais le sieur Pascal, l'abominable imprésario dont je dépendais, parler ainsi de l'écrivain que j'admire le plus parmi les vivants. Mais depuis la semaine encore toute voisine où, fatigué de ne pas manger à ma

faim, je m'étais décidé à faire mon trou dans la mêlée parisienne, je m'étais tant efforcé de dépouiller systématiquement mon ancien moi, comme les lézards font leur vieille peau, que j'y avais presque réussi! Je savais bien, pour en avoir la preuve dans un tiroir rempli de poèmes, de drames et de romans commencés, qu'il avait existé jadis — un jadis qui datait d'hier — un certain Jules Labarthe, venu à Paris de sa province pour être un grand homme. Ce personnage-là qui croyait aux Lettres, — avec une majuscule, — à l'Idéal, — autre majuscule, — à la Gloire, — troisième majuscule, — était mort et enterré. Recommencerait-il un jour, une fois sa position faite, à écrire par amour de l'art? C'était possible, mais, pour l'heure, je ne connaissais plus, je n'admettais plus que le Labarthe énergique et débrouillard, entré dans la presse avec l'idée d'être avant tout de son temps et d'arriver le plus vite possible aux trente mille francs par an. Qu'importait à ce second individu que l'immonde Pascal se vantât d'avoir « passé à tabac » le plus délicat et le plus puissant des héritiers de Balzac, d'autant plus que moi-même — le Labarthe nouvelle manière — je me préparais à une opération qui valait en délicatesse les procédés de mon rédacteur en chef? J'avais, en effet, mon moyen sûr de mener à bien mon interview, et le voici. Durant ma période d'imbécile naïveté

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j'avais envoyé à Pierre Fauchery des vers et des nouvelles. C'étaient justement ces vers et cette nouvelle dont l'échec, auprès* de quatre éditeurs, m'avait décidé à entrer dans le journalisme sous le patronage d'un camarade complaisant.

Le grand écrivain, alors en voyage, m'avait répondu. J'avais moi-même riposté par une lettre à laquelle il avait encore répondu en m'invitant à lui rendre visite. J'y étais allé. Je ne l'avais pas rencontré. J'y étais retourné. Je ne l'avais pas rencontré davantage. Puis une espèce de honte m'avait empêché de revenir à la charge. Je ne l'avais donc jamais vu. Il ne connaissait de moi que le jeune Éliacin de mes deux épîtres. C'est sur quoi je comptais pour lui extorquer en douceur l'entretien qu'il aurait certainement refusé au journaliste. Mon plan était tout simple : me présenter chez lui, être reçu, lui cacher ma profession actuelle, lui raconter un vague sujet de roman où il fut question de «l'âge de l'amour», le faire causer, — et puis, quand il retrouverait sa conversation imprimée toute vive... Ici j'éprouvais bien quelques remords. Mais je les étouffais avec le terrible mot : la lutte pour la vie, — et aussi par le souvenir d'innombrables exemples recueillis dans la corporation à laquelle j'avais désormais l'honneur d'appartenir.

Dès le lendemain donc du jour où j'avais eu ce très littéraire entretien avec mon honorable directeur, je sonnais à la porte du petit hôtel que Pierre Fauchery habite rue Desbordes-Valmore, dans un coin retiré de Passy. Ayant pris la plume pour raconter une histoire simple, dans toute sa vérité, — je ne sais pas pourquoi je tairais le vilain sentiment de plaisir qui me chatouilla le cœur pendant que la sonnette tintait, à songer que j'allais jouer un bon tour à l'hôte de ce paisible asile. On n'accepte pas des renoncements comme celui auquel je m'étais décidé sans qu'il vous en reste un arrière-fond d'envie pour ceux qui ont triomphé dans le douloureux combat littéraire. Ce me fut véritablement une déception quand le domestique, visiblement d'assez mauvaise humeur, me répondit que M. Fauchery n'était pas à Paris. J'insistai pour savoir quand il rentrerait? Le domestique l'ignorait. Pour avoir son adresse? Le domestique l'ignorait encore. Pauvre homme célèbre et qui croyait assurer l'anonymat à ses villégiatures ! Une demi-heure après, je savais qu'il habitait momentanément le château de Proby,

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près de Nemours. — Je n'avais eu que la peine de me renseigner chez son éditeur. — > Et deux heures plus tard je prenais un billet à la gare de Lyon pour la petite ville où Balzac a placé sa délicieuse Ursule zMirouet. J'emportais une valise, de quoi coucher une nuit. Au cas où je manquerais le Maître dans l'après-midi, j'étais décidé à ne pas le manquer le lendemain matin, et juste sept heures après que le valet de chambre, fidèle à sa consigne, m'avait déclaré ne pas savoir où était le romancier, je faisais passer ma carte à ce dernier dans le vestibule du château. — J'avais eu soin d'écrire au-dessous un rappel de mes envois de l'autre année, et cette fois je fus introduit, après dix minutes d'une séance dans ce vestibule, durant laquelle je vis, avec une curiosité et une malice singulières, deux jeunes femmes, très élégantes et très jolies, qui sortaient pour une promenade à pied, ce Parfait! » me dis-je, ce voilà le secret de cet exil, l'interview s'annonce bien... »

Le romancier se tenait dans un petit salon d'ami dont la fenêtre ouvrait sur le parc, en ce moment jauni par l'automne commençant. Un feu de bois brûlait dans la cheminée, et il éclairait gaiement des murs tendus d'une cretonne rosée, sur laquelle se détachaient quelques gravures anglaises, coloriées, représentant des chasses à courre et des sauts d'obstacles. C'était bien là le

décor des habitudes mondaines que la chronique avait souvent reprochées à Fauchery. Mais les papiers et les livres qui chargeaient la table, attestaient que rhô te momentané de ce coquet asile demeurait un solide ouvrier de Lettres; et ce constant labeur était attesté plus encore par une physionomie qui, je l'avoue, me donna tout de suite un petit remords de la ruse à laquelle je me livrais en ce moment. Ah ! si j'avais trouvé le Fauchery snob et prétentieux que lesdites chroniques persiflaient hebdomadairement, ce m'eut été, au contraire, un délice* de tromper sa diplomatie. Mais non. — J'aperçus, posant la plume pour me recevoir, un homme d'environ cinquante-sept ans, le visage creusé de réflexion, les yeux fatigués de veilles, le front lourd de pensées, qui me dit en m 'indiquant un fauteuil :

— « Vous m'excuserez, mon cher confrère, d'avoir tardé à vous recevoir. » — Moi, son cher confrère! Ah! S'il avait su! — oc Vous voyez, » et il me montra sa feuille encore humide, « que l'esclavage de la copie ne lâche pas son homme... On a seulement moins de facilité à mon âge qu'au vôtre, et maintenant, parlons de vous... Comment êtes-vous à Nemours? Qu'avez-vous fait depuis la nouvelle et les vers que vous avez bien voulu me communiquer?... x>

On a beau avoir égorgé une fois pour toutes son Idéal de jeune homme, — quand on a aimé la

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littérature, comme je l'ai aimée à vingt ans, on n'est pas consolé à vingt-six d'avoir sacrifié ces belles amours, même à l'implacable nécessité. Ainsi, Pierre Fauchery se rappelait mes pauvres vers! Il avait vraiment lu ma pauvre nouvelle! L'allusion qu'il y fit me le prouva davantage encore. Pouvais-je lui dire, en ce moment-là, que, depuis la composition de ces premières œuvres, j'avais désespéré de moi-même, et que j'avais changé mon fusil d'épaule? L'image des bureaux du 'Boulevard s'évoqua soudain devant mon souvenir. J'entendis la voix de mon rédacteur en chef: — «Interviewer Fauchery? Allons donc! Vous n'y arriverez pas... » et jerépondis en restantfidèle au rôle que je m'étais imposé :

— « Je me suis retiré à Nemours pour travailler à un grand roman qui s'appelle Yoige de l'vimour, et c'est un peu sur ce point que je voudrais vous consulter, cher Maître... »

Il me sembla — mais n'était-ce pas une illusion ? — qu'à l'énoncé du soi-disant titre de mon soi-disant roman, un sourire et une ombre flottaient à la fois dans les yeux et sur la bouche de Fauchery. L'image me revint des deux jeunes femmes rencontrées tout à l'heure dans le vestibule. Le Maître de tant de chefs-d'œuvre d'analyse était-il en train de vivre un nouveau livre avant de l'écrire? Je n'eus pas le temps de répondre à ces questions, car, ayant avisé une coupe d'onyx dans

laquelle blondissaient quelques cigarettes de tabac russe, il m'en offrit une, il en alluma une autre lui-même, et, à son tour, il commença de m'interroger et de me répondre tour à tour. Je l'écoutais penser tout haut et j'avais tout à fait oublié mes combinaisons machiavéliques, tant j'éprouvai soudain de jouissance intime à cette communion avec un esprit que j'avais passionnément aimé dans ses oeuvres. C'était le premier, parmi les grands écrivains de notre temps, que j'abordasse ainsi dans une demi-intimité. J'observais, tandis que nous parlions, la singulière identité de sa parole causée et de sa parole écrite. J'admirais la charmante simplicité avec laquelle il s'abandonnait au plaisir d' imaginer et devan tle premier venu, son surplus d'intelligence, sa vivacité d'impression, son absence totale de morgue et d'attitude!

— ce ... Il n'y a pas d'âge pour aimer, » me disait-il en substance, « parce que l'homme capable d'aimer — dans un sens complexe et moderne d'exaltation idéale — ne cesse jamais d'aimer... J'irai plus loin : il ne cesse jamais d'aimer le même être... Vous savez l'expérience qu'un physiologiste contemporain essaya sur une série de portraits pour déterminer en quoi consistent ces ressemblances indéfinissables que nous appelons l'air de famille?... Il prend les photographies de vingt personnes d'un même sang, puis il pho-

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tographie de nouveau ces photographies sur une même plaque en les superposant. Il découvre ainsi les traits communs qui, séparés des autres, déterminent le type... Hé bien! Je suis persuadé que si Ton pouvait tenter une expérience analogue et photographier en les superposant les différents portraits des femmes qu'un même homme a aimées ou cru aimer dans sa vie, on découvrirait que toutes ces femmes se ressemblent. Les plus inconstants n'ont jamais chéri qu'un seul et même visage à travers cinq, six, mettons vingt visages. Ils n'ont jamais poursuivi qu'un seul et même être à travers plusieurs êtres... Le tout est de savoir à quel âge ils rencontrent la femme qui se rapproche le plus de celle dont ils portent le modèle en eux. Cet âge sera pour eux celui de l'amour... »

— «... L'âge d'être aimé? » disait-il encore, « mais la plus profonde des passions que j'aie jamais vu un homme inspirer, — c'est un de mes maîtres, un poète, qui en a été l'objet et il avait alors soixante ans. Il est vrai qu'il se tenait droit comme un jeune homme, qu'il allait et venait d'un pas aussi leste que le vôtre, qu'il causait comme Rivarol, qu'il faisait des vers aussi beaux que ceux de Vigny, qu'avec cela, ayant perdu coup sur coup sa femme et ses enfants, il était très pauvre, très solitaire et très malheu-

reux... Vous vous rappelez ce que dit le Maure dans Shakespeare : — « Elle m'aima pour les dangers que j'avais courus, et moi, je l'aimai pour la. pitié qu'elle leur donna... » Tant il y a que ce grand artiste inspira un dévouement si passionné à une jeune Russe belle, noble et riche, qu'elle ne s'est pas mariée à cause de lui, qu'elle a trouvé le moyen de le soigner dans sa dernière maladie, jour et nuit, malgré sa famille, et qu'à l'heure actuelle, ayant tout racheté aux héritiers des objets qui ont appartenu au poète, elle conserve l'appartement où il a vécu, intact comme à son dernier jour. Et il y a quinze ans de cela!... C'est qu'elle aussi, elle avait rencontré dans cet homme qui avait trois fois son âge, l'être identique à une certaine image qu'elle portait dans son cœur... Et Goethe d'ailleurs et Ulrique de Lewetzow, et Lamartine, et tant d'autres!... Mais pour peindre des sentiments de cette hauteur, » ajouta-t-il, « vous devez renoncer au peut procédé d'observation insignifiante qui est la tare des artistes d'aujourd'hui. Il vous faut, pour qu'un amoureux de soixante ans et plus ne soit ni ridicule ni odieux, lui appliquer ce que le vieux Corneille disait si fiè~ rement de lui-même dans ses stances à la marquise :

Cependant, j'ai quelques charmes Qui sont asseç éclatants, Pour n'avoir pas trop d'alarmes De ces ravages du temps...

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Ayez le courage, pour analyser des émotions supérieures, de créer des personnages supérieurs et vrais. Tout l'art du roman d'analyse est là... »

En parlant ainsi, le Maître avait dans les prunelles un tel éclair dé certitude intellectuelle, il m'apparaissait lui-même comme si pareil à ces personnages supérieurs à la peinture desquels il me conviait, que je ne pensais pas à trouver prétentieuse la théorie de ce quasi-sexagénaire : que Ton peut être aimé à tout âge! Le contraste était trop fort entre le monde d'idées où se mouvait le célèbre artiste et l'atmosphère de boutique littéraire où j'étouffais depuis ces quelques mois. Tout réalisait mes premiers rêves de jeunesse dans cet homme demeuré si vigoureux de talent à travers trente volumes, et dont le masque vieilli faisait une illustration vivante à la belle devise : « Puisqu'il faut nous user, usons-nous noblement. » Sa maigreur disait l'austérité de ses longs travaux; sa bouche ferme annonçait la décision de son caractère; son front creusé de larges plis avait la pâleur du papier sur lequel il s'était tant penché, et cependant la finesse de ses mains bien soignées, la sobre élégance de sa tenue, un air d'aristocratie native révélaient que ces belles vertus professionnelles avaient été conservées à travers une vie de tentations frivoles. Ces tentations n'avaient pas plus troublé l'éthique spirituelle du travailleur que

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les honneurs académiques, les succès d'argent et les innombrables éditions. Et avec tout cela, le grand homme était très bonhomme, car après avoir disserté avec moi très longuement, il finit par me dire :

— ce Puisque vous êtes à Nemours, j'espère vous revoir plusieurs fois encore, et aujourd'hui je ne voudrais pas vous laisser partir sans vous avoir fait connaître à mes hôtes... »

Que répondre? Et voilà comment un simple reporter du "Boulevard se trouvait, sur le coup de cinq heures du soir, installé à une table de thé dans le salon d'un château où, certes, aucun journaliste n'avait jamais mis le pied, présenté, comme un jeune poète et romancier d'avenir, à la vieille marquise de Proby, chez laquelle le Maître était en visite ; et cette aimable douairière en cheveux blancs m'interrogeait sur mes prétendus travaux et je répondais par des mensonges forcés, avec une rougeur aux joues que la bonne dame dut expliquer par la plus naïve timidité. Et, comme s'il était un malin génie pour multiplier les invites aux mauvaises actions à de certains moments, voici que les deux jeunes femmes à la sortie desquelles j'avais assisté, rentrèrent au milieu de cette visite inopinée. Ah! Mon interview avec le romancier féministe sur Vc4ge de V amour, quel commentaire vivant j'en eus aussitôt, et comme tout s'éclaira

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des discours de l'écrivain vieilli, à le voir soudain bavarder avec une des deux arrivantes! C'était une jeune fille de vingt ans peut-être, — une demoiselle de Russaie — si j'ai bien entendu son nom. Cette enfant était assez grande, avec un visage un peu long qu'éclairaient deux yeux, très noirs et très doux, d'une ardeur et d'une fixité singulières. Elle offrait une ressemblance vraiment saisissante avec le portrait du Salon Carré du Louvre, attribué à Francia, et qui est connu sous le nom de l'Homme noir, à cause de la couleur sombre du vêtement et de la cape. Autour de sa bouche et de ses narines frémissait cette même nervosité domptée, cette même fièvre contenue qui donne à ce portrait son frappant caractère, et je n'étais pas là depuis un quart d'heure que j'avais deviné, à sa manière de regarder et d'écouter Fauchery, quel intérêt passionné le vieux Maître lui inspirait. Quand il parlait, elle était prise tout entière par l'attention où elle s'abîmait. Quand elle lui parlait, je sentais frissonner sa voix, si l'on peut dire, et lui, le glorieux écrivain, saturé de triomphes, épuisé de travail, il paraissait, depuis qu'il était dans le rayonnement de cette naïve idolâtrie, avoir retrouvé cette vivacité, cette élasticité d'impression qui est la grâce souveraine de la jeunesse aimante :

— a Je comprends pourquoi il citait Gœthe tout à l'heure et la jeune fille de Marienbad, » me

disais-je en riant à part moi, tandis que la voiture de louage me ramenait du côté de Nemours, oc II pensait à lui-même. Il est amoureux de cette petite et il en est aimé. Nous allons apprendre qu'il l'épouse. En voilà un mariage qui provoquera de la copie» et quand le sieur Pascal saura que j'ai assisté à ces fiançailles !... Pour le moment, songeons à l'interview. Fauchery sera-t-il étonné de la lire après-demain dans le journal ! Mais lit-il seulement les journaux?... Ce n'est pas très correct. Mais quel mal lui fais-je? Et d'ailleurs, la lutte pour la vie!... »

Je me souviens.' C'est par ces raisonnements d'arriviste que j'essayais d'endormir la voix qui me criait intérieurement :

— ce Tu n'as pas le droit de coucher sur le papier et de servir au public ce que t'a dit ce noble écrivain qui a cru recevoir en toi un poète et non pas un reporter. » — Mais j'entendais aussi la voix du rédacteur en chef: — « Vous n'y arriverez pas!... » — Et cette seconde voix, j'ai honte de l'avouer, l'emporta sur l'autre, d'autant plus qu'il s'agissait de tuer la soirée de mon mieux. J'étais rentré, en effet, à Nemours trop tard pour le train qui m'eût remis à Paris vers l'heure du dîner. On m'avait donné dans la vieille auberge une chambre très propre et très paisible. Je me dis : oc Je serai bien ici pour écrire, » et, jusqu'à mon coucher,

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j'employai mon temps à rédiger le morceau qui devait ouvrir mon enquête. Je griffonnai là, sous l'impression vivante de mon après-midi et — qui sait? — le talent fouetté, comme mes nerfs, par un rien de remords, oui, je griffonnai là quatre pages qui n'eussent pas déparé le journal de Goncourt, ce manuel exquis du parfait reporter. Tout y était : mon voyage et l'arrivée au château, — la silhouette de cette coquette bâtisse du dix-huitième siècle avec ses rideaux d'arbres et ses allées taillées, — le salon du Maître, et le Maître luimême, — et ses propos, — et le thé pour finir, — et le sourire du romancier vieilli dans son cercle d'amies, vieilles et jeunes. — Il n'y manquait qu'un mot de la fin. « Je le trouverai à mon réveil, » me dis-je, et — la nature littéraire est ainsi — je me couchai sur le sentiment du devoir accompli ! J'avais écrit, et je le sentais, sous le prétexte d'une interview, ma meilleure page de roman.

Que se passe-t-il en nous durant le sommeil?

Y a-t-il un irrésistible et secret travail de nos idées qui fermente à notre insu pendant que nos sens demeurent fermés aux impressions du monde exté-

rieur? Toujours est-il qu'à ce réveil escompté d'avance je me trouvai dans des dispositions très différentes de celles où je m'étais endormi. Je n'avais pas ouvert les yeux depuis dix minutes que l'image de Pierre Fauchery surgit devant moi. Aussitôt l'idée que j'avais abusé de sa grâce d'accueil, à ce degré me fut complètement insupportable. J'éprouvai un passionné besoin de le revoir, afin de lui demander pardon de mon mensonge. Je voulais lui dire qui j'étais, dans quel but je m'étais introduit auprès de lui, et que je m'en repentais. Mais il n'était pas besoin d'une telle confession. Il suffisait de détruire les pages que j'avais écrites la veille. Je me levai dans cette idée. Avant de les déchirer, je les relus... Et puis, — tous les hommes de lettres me comprendront, — et puis, elles me parurent si réussies que je ne les déchirai point. Une pensée me traversa la tête : — « Fauchery est si intelligent, si généreux ! Après tout, qu'y a-t-il dans cette interview qui puisse vraiment l'offenser? Rien, absolument rien. Si je me présentais de nouveau à lui et ce matin même? Si je lui disais toute mon histoire, et que du succès de cette petite enquête dépend peut-être tout mon avenir de journaliste? Quand il saura que j'ai vécu cinq années de misère et de travail sans arriver à quoi que ce soit, et que j'ai dû entrer dans la presse pour avoir un morceau de pain, il me pardonnera, il me plaindra, il me répondra : ce Publiez votre

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a interview... » Oui. Mais s'il me défend de la publier?... Non, il ne me le défendra pas... »

Je passai la matinée à débattre cet étrange dernier projet. Une honte naturelle me le rendait très pénible. Mais il avait pour lui de concilier à la fois les scrupules de ma délicatesse, mon amourpropre d'aspirant chroniqueur, et mes intérêts de bourse. Je savais le sieur Pascal très généreux sur l'article interview quand le morceau lui plaisait. Ne m'avait-il pas promis, d'ailleurs, une prime si je confessais Fauchery? Bref, j'étais décidé à tenter l'expérience, lorsque, au sortir d'un déjeuner hâtif, et comme je montais dans la carriole qui m'avait déjà conduit la veille, je vois passer au grand trot d'un cheval de race une Victoria armoriée, et, avec stupeur, je reconnais, assis sur les coussins et abandonné à une rêverie morne qui démentait singulièrement sa bonne humeur de la veille — qui donc? Pierre Fauchery luimême!... Une petite malle placée sur le siège à côté du cocher indiquait assez qu'il se dirigeait vers la gare. Je regarde ma montre. Le train de Paris partait dans douze minutes. Le temps d'empiler moi-même mes effets pêle-mêle dans ma valise, de payer ma note sans la vérifier; la même carriole qui avait dû me conduire au château de Proby m'emportait vers la station, ventre à terre, et, quand le train s'ébranla, j'étais assis dans un com-

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partiment vide, en face du célèbre écrivain qui me disait :

— ce Vous aussi, vous désertez Nemours? Vous êtes comme moi, il vous faut Paris pour bien travailler. »

La conversation, ainsi engagée, aurait dû me mener très aisément à l'aveu que j'avais résolu de faire. Mais pour cela, il eût fallu d'abord que je ne fusse pas saisi, devant mon compagnon improvisé, d'une timidité invincible, puis que son attitude ne m'inspirât pas une curiosité égale à ma timidité. Qu'il s'éloignât avec cette précipitation du château où je l'avais laissé si confortablement installé la veille, vingt hasards pouvaient l'expliquer, depuis une dépêche reçue d'un parent malade jusqu'au plus vulgaire rendez-vous d'affaires. Mais que l'expression de sa physionomie eût changé depuis la veille comme elle avait changé, qu'il fût devenu dans ces dix-huit heures l'homme soucieux, découragé, épuisé qu'il semblait être, alors que je l'avais quitté si heureux de vivre, si gaiement empressé auprès de cette jolie enfant, de cette Mademoiselle de Russaie qui l'aimait et qu'il paraissait aimer, c'était une énigme qui m'obsédait, cette fois sans arrière-pensée professionnelle. Il devait m'en donner le mot avant d'arriver à Paris. Du moins, je croirai toujours que le discours qu'il me tint à un certain moment contenait, sous une forme indirecte, une confidence. Il

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était encore bouleversé par l'incident inattendu qui avait déterminé et son hâtif départ et cette soudaine métamorphose de ce qu'il eût appelé lui-même, dans le style dé ses romans, son « ciel intime». Et cet incident, il me le raconta, fer sfogarsi, comme aimait à dire Beyle, dans la persuasion que je n'en démêlerais pas le vrai héros. Oui, je croirai toujours cela, qu'il m'a dit son histoire sous le nom d'un autre, et j'aimerai à le croire, parce que c'était si lui, cette façon de sentir. Ce fut encore à propos du soi-disant sujet de mon roman, c'est-à-dire — ô ironie ! — à propos du réel sujet de mon interview, qu'il commença :

— ce J'ai bien réfléchi à notre conversation et à votre livre, et j'ai peur d'avoir mal exprimé ma pensée hier... Quand je vous disais que l'on peut aimer et être aimé à tout âge, j'aurais dû ajouter que cet amour arrive quelquefois trop tard. C'est quand on n'a plus le droit de prouver à ce que l'on aime combien on l'aime, — que par le sacrifice... Je voudrais, en vous demandant de ne pas vous en servir, parce que ce secret n'est pas le mien, vous donner un document, comme on dit aujourd'hui, lequel est à lui seul tout un petit drame et tout un dénouement. » Et sur ma promesse de discrétion : « J'ai eu un ami, » reprit-il, ce un camarade de mon âge, qui avait aimé, à vingt ans, une jeune fille. Il était pauvre. Elle était riche. Les parents les séparèrent. Cette fille se mgria.

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mais avec un autre, et elle mourut presque aussitôt... Mon ami vécut. — Vous saurez, un jour, qu'il est également vrai de dire que l'on guérit de tout et que l'on ne se console de rien. J'avais été le confident de sa folie. Je fus celui des aventures qu'il mit par-dessus cette première, cette ineffaçable déception. Il ressentit, il inspira d'autres amours. Il goûta d'autres bonheurs. Il subit d'autres chagrins. Et pourtant, lorsque nous étions seuls et que nous en venions à ces confidences que j'appelle d'arrière-cœur, toujours la fiancée idéale de sa vingtième année réapparaissait à travers ses paroles. Que de fois il m'a dit : — ce Je n'ai jaoc mais cherché qu'elle à travers les autres, et, « comme elles n'étaient jamais tout à fait elle, ce depuis elle, je n'ai jamais aimé vraiment... »

— ce Et elle, » demandai-je> ce l'avait-elle aimé ? »

— ce II ne le pensait pas, » répondit Fauchery. ce Du moins, elle ne le lui avait jamais dit... Maintenant, imaginez mon ami à l'âge où je suis, ou presque. Voyez-le, déjà grisonnant, lassé par la vie, et bien persuadé qu'il a enfin conquis le grand apaisement. Et voilà que dans un séjour en province, chez des parents, il rencontre une enfant de vingt ans, le portrait, l'hallucinant portrait de celle qu'il a voulu épouser trente ans auparavant. Vous savez, une de ces ressemblances singulières qui vont de la couleur des yeux au timbre de la voix,

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du sourire à la pensée, du geste aux plus fines nuances du cœur... Ce n'est pas en deux phrases décousues, c'est dans des pages et des pages qu'il faudrait étudier les étranges sentiments dont j'ai vu mon ami atteint : cette tendresse à la fois présente et rétrospective pour un être mort à travers un être vivant, cet hypnotisme de l'âme qui ne sait où finissent les souvenirs et les rêves, où commence l'émotion réelle, cet emmêlement quotidien de ce qu'il y a de plus lointain au monde : le fantôme d'une fiancée perdue, avec ce qu'il y a de plus vivant, de plus frais, de plus irrésistiblement naïf et spontané, une jeune fille... Elle va, elle vient, elle rit, elle chante, l'on se promène avec elle dans l'intimité d'une existence de campagne, et l'on voit une morte à côté d'elle !... Après quinze jours d'un abandon presque irréfléchi aux dangereuses délices de ce trouble intérieur, imaginez mon ami entrant par hasard, un matin, dans une des pièces les moins fréquentées de la maison : une galerie où se trouvait, entre autres tableaux, un pastel peint d'après luimême quand il avait vingt-cinq ans. Il s'approche de ce portrait distraitement. On avait fait du feu dans la pièce, en sorte qu'une légère buée s'était épaissie sur le verre qui protégeait le pastel, et, sur ce verre, à même cette buée, le promeneur voit dessinée distinctement la trace de deux lèvres qui s'étaient posées là sur son portrait, à la

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place des yeux, — deux fines et délicates lèvres dont l'aspect lui fit battre le cœur. Il sort de la galerie et questionne un domestique. Il n'était entré là depuis le matin que la jeune fille dont il s'occupait... »

— a Et alors? » interrogeai-je comme il s'arrêtait.

— ce Alors mon ami revint dans la galerie, regarder de nouveau cette adorable empreinte de la plus innocente, de la plus passionnée des caresses. Une glace était auprès, dans laquelle il pouvait se voir et comparer son visage d'aujourd'hui à son visage d'autrefois, l'homme qu'il avait été à celui qu'A était. Ce qui se passa en lui à cette minute, il ne me l'a jamais dit, je ne le lui ai jamais demandé... Eut-il l'impression qu'il était trop coupable en inspirant une passion à une jeune fille qu'il eût été fou, criminel presque, d'épouser? Comprit-il qu'à travers sa vieillesse en^ core si sensible, c'était sa jeunesse qu'aimait cette enfant? Se souvint-il, avec une trop douloureuse acuité, de l'autre, de celle qui ne lui avait jamais donné ce baiser-là, quand il lui était permis de le rendre?... Je sais seulement qu'il est parti le jour même pour ne plus jamais revoir celle qu'il ne pouvait plus aimer avec l'espérance, avec la candeur, avec l'âme de ses vingt ans, — comme il avait aimé l'autre... »

l'âge de l'amour III

... Quelques heures après cette conversation, j'étais de nouveau dans les bureaux du "Boulevard, assis dans le cabinet du sieur Pascal qui me disait :

— ce Déjà ? Avez-vous interviewé Pierre Fâuchery ?»

— oc II n'a même pas voulu me recevoir, » répondisse effrontément.

— «Qu'est-ce que je vous avais dit?...» ricana le directeur en haussant ses larges épaules, ce Nous le repincerons à son prochain volume, » et il ajouta en me regardant : ce D'ailleurs, vous savez, mon petit Labarthe, tant que vous aurez cet air bon petit jeune homme, qu'est-ce que vous voulez f... dans la presse ? »

Je m'inclinai sous la mauvaise humeur du patron. Qu'aurait-ib dit s'il avait su que je l'avais là, dans ma poche, son interview, et là, dans ma tête, une anecdote, de quoi griffonner la plus jolie chroniquette à clef? Et il n'a eu ni l'interview, ni la chronique. Depuis, j'ai fait mon chemin dans

cette presse où je devais échouer. J'ai perdu mon air bon petit jeune homme, et je gagne les trente mille francs par an, — et au delà. Hé bien ! je n'ai jamais eu à publier le plus fructueux, le plus retentissant article, le même plaisir qu'à glisser dans mon tiroir, pour ne jamais les en retirer, les feuillets racontant ma visite à Nemours. Je pense souvent que je n'ai pas servi les Lettres comme je voulais, puisque à travers mon immense besogne je n'ai pas écrit un livre. Et pourtant, quand je me rappelle l'irrésistible mouvement de respect qui m'a empêché de commettre vis-à-vis d'un Maître aimé une très profitable mais infâme indiscrétion, je me dis : a Sî tu n'as pas servi les Lettres, tu ne les as pas trahies. » Et voilà pourquoi, maintenant que Fauchery n'est plus de ce monde, j'ai cru pouvoir raconter ma « première enquête ». — Il n'y en a pas dont je sois plus fier.

Paris. Novembre 1806.

L'Adversaire

L'Adversaire

'ai eu vingt fois la tentation de raconter dans toute sa vérité semi-fantastique un drame singulier auquel je fus mêlé, voici quelque temps déjà. Vingt fois ce caractère de fantastique d'une part, et de l'autre le manque d'harmonie entre ces événements et le cadre où il se sont déroulés, m'ont fait hésiter devant ce récit. Puis différentes confidences et la lecture des ouvrages de quelques psychologues modernes, notamment celle les (Annales des sciences psychiques, m'ont amené à croire qu'un certain ordre de phénomènes, qualifiés de merveilleux, est plutôt assez fréquent. J'ai pensé que plusieurs lecteurs, loin de s'étonner des portions demeurées pour moi mystérieuses dans cette aventure, y

S i6 ItECOH M EN CEMENTS

reconnaîtraient une analogie avec quelque souvenir personnel. Quant à ceux pour qui le dernier mot de tout mystère est le hasard, peut-être accepteront-ils l'étrangère" de cette histoire, grâce à l'exotisme même du décor et en faveur de quelques traits de mœurs notés d'après nature? D'ailleurs, si exceptionnels que soient les faits que je vais rappeler, ils n'excluent pas cette explication sommaire : la simple coïncidence, et pourquoi n'avouerais-je pas que j'y incline moi-même le plus

Au printemps de l'année 189., je voyageais en Orient. J'étais venu par petites étapes de Beyrouth àTyr et à Saint-Jean d'Acre, puis au Carmel et à Jérusalem, passant les journées à cheval et les nuits sous la tente, dans des conditions d'existence très primitives, mais très saines, et jamais assurément mon système nerveux ne fut moins ■éparé aux impressions morbides. En outre les rconstances où commença ce que j'appelais tout l'heure un drame, d'un terme solennel et pour-

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