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I. Mémoires d'Outre-Tombe, tome VI, p

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cru de France, tels que dénia, que Victor Hugo a repris au fonds national et qui ne se trouve pas dans Littré : « L'horrible Thémis dentue etvorace. » L'ancien français disait corsu, non pas corsé. Le Roman de la Rose raconte ainsi l'origine de la royauté :

Un grant vilain entre eux eslurent,

Le plus ossu de quan qu'ils furent,

Le plus corsu et le greignor (plus grand) ;

Si le firent prince et seignor.

Scarron écrit encore dans son Virgile travesti :

De voir l'autre tout épaulu, Ossu, membru, fessu, velu...

En appelant Napoléon III : « Ce masque moustachu, ce César moustachu », Victor Hugo a suivi la tradition.. . Et je dis tout cela pour achever d'établir que cour~ bâta est du bon français.

Agoniser, verbe neutre, signifie être à l'agonie et n'a pas d'autre sens. Agoniser quelqu'un d'injures est un barbarisme né du besoin factice et déraisonnable d'alonger avec des suffixes mille mots qui s'en passeraient bien. Le terme populaire agonir serait ici seul de mise, si, d'ailleurs, il n'était pas lui-même probablement la corruption d'un verbe plus correct1.

Nourrisse est l'ancien radical de nourrissage, qui est le même mot avec suffixe. N'est-il pas amusant de ooss

i. Ahonir, faire honte, verbe ancien, encore usité en ÏSormandio, selon Littré.

LE TRÉSOR NATIONAL l8l

tater cette signification précise et cette orthographe vraie de mettre en nourrisse, changé en nourrisse ?

Les suffixes nominaux en ation sont innombrables. On en augmente le nombre tous les jours. Le sénateur Buffet improvisait, clans un discours de 188/i, le joli terme: déconstitutionnalisation1 . Devant cet envahisseur latin, les bons vieux mots français en aison ont presque tous disparu : assemblaison, fauchaison, fenaison, crevaison, pendaison, etc. En constatant que cette dérivation est désormais éteinte, Darmesteter nous informe que jusqu'au dix-septième siècle on disait : dèrivaison.

Ayant ouvert un Petit dictionnaire de rimes françaises pour compter les suffixes verbaux en iser, je n'en ai pas trouvé moins de cent trente-six, et il est probable, ou plutôt il est très certain que la liste est fort incomplète et que dans cette liste même j'en oublie. Ici encore il y a abus, empiétement de la formation savante sur la formation populaire. « lser a si profondément pénétré dans la langue commune, écrit Darmesteter, qu'il se joint non seulement à des thèmes latins, mais encore à des substantifs ou à des adjectifs français : cette dérivation est désormais devenue organique. » Nous disons : déchristianiser ; on disait autrefois : déchristianer . Bernardin de Saint-Pierre use encore du mot : harmonier . Vergniaud risque : intrôner. Si nous voulions dériver, du radical : anglais, le verbe qu'il contient, tout le

I. Brunot, Grammaire historique de la langue française, p. 198.

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monde, d'une seule voix, dirait aujourd'hui : angliciser*, et, sans doute d'anglican, anglicaniscr , à moins que ce ne lût : anglicaniciser . Une fois de plus, Victor Hugo s'est montré conservateur des bonnes et vieilles traditions en écrivant, sur les îles de la Manche, dans les Travailleurs de la mer: « Ces îles qui aujourd'hui s 'anglaisent rapidement-. »

La dérivation en aire est latine ; la dérivation en ier était française, et Hier, nous dit-on, vaudrait mieux qu'insulaire, anglier qu'angulaire, poitrinier que poitrinaire ; mais il en est de ces mots purement français comme de chauveté, supplanté, sans retour possible, par le latin calvitie.

Les désinences en aie, très peu nombreuses, sont larges et sonores. Connaissez- vous un mot plus plein de belle et grave musique que futaie ? Il faut conserver avec un soin religieux ces magnifiques harmonies, dire : hêtraie, saulaie, aulnaie, cerisaie , chênaie , frênaie , etc., et non point : hêtrée, saulèe, etc., comme la prononciation et l'orthographe y tendent à la fois.

Ce n'est pas que les mots en ée soient déplaisants à l'oreille, mais ils sont moins beaux et moins rares. Il y en a de charmants, parce qu'ils sont courts, à la fois littéraires et populaires, et parce que ce sont moins des suffixes que le simple féminin du verbe-racine au participe passé : une brossée, une dégelée, une peignée, une

i. Employé déjà par Chateaubriand. (Voir le dictionnaire de Littré.)

1 Notes sur le néologisme dans Viei - H

raclée, une rincée, une tripotée, une trempée, une flambée, une donnée, etc. « Si elle savait, dit une servante dans un conte d'About, que j'ai logé un homme, c'est moi qui aurais une fière grondée. » — « Elle avait aperçu une rayée de poussière sur un de mes cartons », écrit Emile Souvestre. Michelet parle des jets de vagues, de leurs « retombées épouvantables1 » ; Chateaubriand écrit poétiquement : « Je n'étais pas à une nagée du sein de ma mère que déjà les tourments m'avaient assailli2. »

Aux suffixes, qui sont des finales, correspondent les préfixes, qui s'ajoutent au commencement des mots.

La particule in, par exemple, quand elle n'a pas le sens de la même préposition latine, dans, donne au substantif, à l'adjectif ou au verbe une signification négative, comme, en grec, l'a privatif. Dé a un effet tout pareil.

Cette classe de mots est assez intéressante. Elle compte de curieuses litotes ou expressions atténuées qui n'ont garde de nier autant que le ferait l'affirmation catégoriquement contraire. — lmbelliqueux ne veut pas dire tout ce que peureux ou lâche exprimerait; c'est presque un synonyme de pacifiste. — Un peuple inglorieux peut avoir de l'honneur. — \J insincérité , fine nuance, n'est point le mensonge cynique et ce n'est pas non plus

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