I. Exemples donnés par Darmesteter
■i. Mémoire» d 'Outre-Tombe, tome VI, n. u.
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l'hypocrisie exhalant une « fumée de fausseté par tous ses pores», comme disait Saint-Simon. — Se désennuyer, ce n'est pas s'amuser à cœur joie. — On peut être désoccupe sans être un fainéant. — Viilemain parle de changements graduels qui déconstruisent les langues parvenues à leur perfection ; cela nous donne l'idée d'un édifice qui s'altère régulièrement peu à peu sans se détruire et s'effondrer. — Désaffamer est un vieux mot français qu'on avait laissé perdre et qu'il était bien nécessaire de recréer, selon Darmesteter. — Impatriote, improvisé par un écolier vers 1791 en réponse à cette question : « Quels sont les ennemis des Français? » pourrait nous rendre service au temps d' internationalisme où nous sommes. /
Il y a donc de bons néologismes, et c'est l'évidence même qu'il doit y en avoir, si la langue française est vivante, c'est-à-dire changeante ; mais, en premier lieu, ils sont rares, sinon dans le langage scientifique, du moins dans le langage populaire et littéraire.
Considérons ensuite qu'on se trompe presque toujours quand on croit les avoir surpris à l'instant de leur naissance et saisis dans la bouche ou sous la plume de leurs véritables inventeurs ; car presque toujours ils sont d'une origine plus ancienne, moins précisément unique et individuelle que celle qu'on s'était figurée. — Invaincu n'est pas de Corneille. — Patrie, ce très beau mot reproché à Du Bellay par les puristes de son temps comme un barbarisme italien, serait à nos yeux un titre de
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gloire pour l'auteur de la Défense et illustration de la langue française, s'il était de son cru, mais il remonte au moins au xve siècle. — Prosateur n'est point contesté à Ménage ; mais prosator, qui est le même mot, se trouve dans de vieux textes. — Bienfaisance, qui a valu au bon abbé de Saint-Pierre d'assez justes éloges, est moins un mot nouveau qu'une signification et une forme changées : bienfaire, autrefois, c'était faire son devoir ; les bienfaisants à la guerre étaient les braves. La bienfaisance au sens moderne s'appelait beneficence au xvie siècle. — Des termes si hardis et si neufs qu'on les croirait nés d'hier, achetable, blanchissement, boiteusement , dignifier, s' entretrahir, s'éplorer, farouchement, hideusement, jugeur, trahisseur, rougeoyer, survenue, etc., sont dans le dictionnaire de Godefroy1, c'est-à-dire dans l'énorme répertoire en huit volumes in-quarto de tous les anciens vocables français.
Enfin, ni l'excellence d'un néologisme, ni l'autorité de son créateur, quand on croit le connaître, ne sont des raisons pour que l'intrus s'établisse et dure : le mot ébriété, qui se trouve dans Ambroise Paré, et qui en vaut bien d'autres, a failli périr ; hideur, mot nécessaire, est marqué d'une croix dans Littré. Des termes absurdes ou mal faits réussissent, des termes utiles et régulièrement composés échouent; le destin contraire qui attend les uns et les autres a des causes si obscures que nous sommes réduits, dans notre ignorance, àl'ex-
i. Huguet, Notes sur le néologisme dans Victor Hugo.
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pliquer par le hasard, c'est-à-dire à ne rien expliquer du tout. M. Brunot a mentionné un certain nombre de mots mort-nés qui méritaient de vivre parce qu'ils étaient logiques et complétaient des séries existantes : heureuser, jauneur, noireté, nuisibilité, paucité, charlataner, nonchalanter, nolition, etc. Il est remarquable que le mot besson, présenté au grand public par Mme Sand et souvent répété depuis la Petite Fadette, n'ait pas vraiment pris vie dans la langue française. Champi non plus ; ils sont restés patois.
Au commencement du xixe siècle, Mercier donna les deux volumes de sa Néologie ou vocabulaire de mots nouveaux. La plupart n'étaient pas de son invention. Vieux ou neufs, — vieux surtout, — il les avait recueillis dans des écrits divers, et de ces mots, déjà lancés par d'autres auteurs, beaucoup firent fortune. M. Brunot cite : aduler, adultération, adventice, agitateur, agrémenter, ajourer, assainissement, sanctionner , stériliser, vagissement, valse, vandalisme, vaporeux, véloce, verbosité, etc. Les mots que Mercier a fabriqués luimême ont rencontré plus de résistance, mais tous n'ont pas péri, et plusieurs même sont si prospères que nous leur trouvons « un air très classique » : trôner, vaticiner, rénovation, sanitaire, sélection, sensiblerie, versatilité, victime, topique, etc.
Certains néologismes de Chateaubriand ne sont, nous l'avons vu, que des enfantillages (Voy. p. 16 5). Tel encore délité, qu'il emploie au sens de : sorti du lit. Pourquoi pas: levé, tout simplement? « Délité, le 22, à 7 heures.
un bain emporta le reste de ma fatigue1. » Dans le vieux français, délité, devenu plus tard délecté, signifiait plein de liesse, et, dans le français moderne, c'est un terme de maçonnerie. Chateaubriand affecte de dire obiter, pour mourir : « Mme de Chateaubriand n'est plus qu'une pauvre femme qui obite au domicile de la citoyenne2. » Page 335 du tome VI des Mémoires , l'éditeur a besoin d'intervenir pour nous apprendre, en note, quolinder veut dire tirer l'épée : « Néologisme formé du mot olinde, qui est une sorte de lame. »
Mais tous les néologismes de Chateaubriand ne sont pas ridicules ; plusieurs sont heureux, et, d'ailleurs, il convient d'applaudir, en dépit des maladresses et des affectations, aux efforts d'un grand écrivain pour enrichir le vocabulaire. Les termes suivants me paraissent bons ; ils ne sont pas dans le dictionnaire de l'usage ; cependant je n'oserais répondre qu'on ne les trouve dans aucun lexique : « Si j'ai souvent échoué dans mes entreprises, il y a eu chez moi faillance de destinée. » — « Cette famille voyait, de sa gentilhommière, les riches abbayes qu'elle avait fondées et qui entombaient ses aïeux. » — Le couvent s'envie illissait d'un quinconce d'ormes du temps de Jean V. » — « Tout à coup, je vins m'énaser contre un hangar. » — « Le pêcheur napolitain, dans sa barque vélivole... » L'auteur des Mémoires d'Outre-Tombe