‹ Récréations mathématiques, Volume 3Chapitre 36 sur 79 · TOUT AUTOUR DE LA TOUR SAINT- JACQUES · texte numérisé non relu

TOUT AUTOUR DE LA TOUR SAINT- JACQUES

Les appareils que J'ai l'honneur de vous montrer appartiennent au Conservatoire des Arts et Métiers, et nous devons remercier son directeur, M. le colonel Laussedat, de la bienveillance avec laquelle il a bien voulu encourager nos premiers efforts. En allant au Conservatoire, pour la préparation de cette conférence, j'ai souvent traversé le square delà tour Saint-Jaçques et, plus d'une fois, je me suis surpris arrêté devant la statue de Pascal. Sous cette voûte splendide, pleine d'ombre et de mystère, qui fut le témoin de ses immortelles expériences sur le baromètre et sur la pesanteur de l'air, l'artiste Ta représenté dans une attitude austère et méditative. Rien ne saurait troubler le calme de sa pensée profonde; ni les cris des enfants qui jouent dans le jardin, ni le bruit de l'activité .humaine qui passe dans la rue. Rien^ pas

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même tous ces enfants de son esprit, ces brouettes, ces baquets, ces omnibus, qui courent, se pressent et se dispersent par centaines, dansant une ronde folle autour de son piédestal. Mesdames, Messieurs, quand vous irez à Paris, lors de votre retour, tout autour de la tour Saint-Jacques, arrêtez-vous un instant pour contempler cette radieuse image; c'est Tune des gloires les plus pures, Tun des plus grands génies de la France!

L ARITHMOMETRE DE THOMAS (DE COLMARJ.

C'est à un autre Français que l'on doit le premier modèle d'une machine pratique permettant d'exécuter rapidement les quatre opérations fondamentales de l'Arithmétique. Uarithmomètre a été inventé en 1820 par Thomas (de Golmar), directeur de la compagnie d'assurances le Soleil^ et perfectionné par son fils, M. Thomas de Bojano et par ses petits-fils. Nous n'entrerons pas dans tous les détails de cette machine dont le lecteur trouvera la description avec de belles et nombreuses figures dans un lumineux et intéressant rapport de M. le colonel Sebert, inséré dans le Bulletin de la Société d'encouragement pour Vindustrie nationale (1878); mais nous pouvons dire que chacun des nombreux mécanismes auxiliaires de cette machine est un chef-d'œuvre inouï de patience et d'efforts; nous devons ajouter cependant qu'elle ne donne pas une solution rigoureuse, mathématique, du problème des machines à calculer, à cause du trop grand nombre de ressorts.

L'appareil générateur se compose ici d'une plaque métallique E. Lucas. — Récréations maihém,, III. 5

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horizontale avec des rainures parallèles le long desquelles sont inscrits des chifiFres de o à 9; à chaque rainure correspond un bouton avec index que Ton peut faire glisser à la main le long de la rainure; par suite, on peut inscrire, comme sur le nouvel abaque universel, le nombre que Ton veut. Chaque bouton est relié par une lame pendante à un pignon à dix dents, situé audessous de la tablette. A côté de chacun des pignons se trouve placé un cylindre d'axe horizontal dont la longueur est égale à celle de la rainure placée au-dessus; chacun des cylindres porte en saillie, sur la moitié du pourtour, 9 nervures de longueur successivement croissante, depuis \q-^ de la longueur jusqu'aux^, et le mouvement de chaque cylindre est commandé par un arbre de couche horizontal mû par une manivelle. A chaque tour de manivelle, les cylindres font un tour; mais les pignons n'avancent respectivement chacun que du nombre de dents marqué par l'index correspondant. Des pignons montés sur le même axe que celui de l'index transmettent le mouvement aux roues chiffrées de Tappareil reproducteur placé sous une plaque métallique qui fait le prolongement de la première.

Ainsi donc chaque tour de manivelle produit successivement les termes d'une progression arithmétique; supposons que l'on veuille multiplier 37456 par 982; on amène à zéro les chiffres des lucarnes de l'appareil reproducteur, au moyen de l'effaceur que nous décrivons plus loin. On écrit sur la tablette le nombre 37456; on tourne 2 fois la manivelle, et l'on peut lire sur les lucarnes le produit de 37 456 par 2; pour avoir le produit par 82, il faudrait tourner 82 fois; mais ici se présente encore une disposition ingénieuse; on fait glisser d'un cran vers la droite tout l'appareil reproducteur, et l'on tourne 8 fois; on a ainsi multi-

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plié par 82. En faisant encore glisser d'un cran, et tournant 9 fois, on a multiplié par 982. On a donc pour ainsi dire matérialisé l'opération de la multiplication, telle qu'on la pratique habituellement.

• Nous passons maintenant à l'organe renverseur de Tarithmomètre; nous n'avons pas eu le temps de faire construire l'appareil de démonstration qui devait nous servir pour expliquer comment on peut passer de l'addition à la soustraction et, par suite, delà multiplication à la division; nous y remédierons parla comparaison suivante. Considérons une voiture réduite à sa plus simple expression, c'est-à-dire formée d'un essieu réunissant deux roues jumelles; la voiture s'avance sur une route toujours dans le même sens; je suis assis au milieu, sur l'essieu, et je tiens un parapluie ouvert à la main. Mon parapluie, étant bien au milieu, ne bouge pas; mais si je l'incline vers la droite, les rais de la roue le font tourner au-dessus de ma tête, de droite à gauche en passant par devant ; au contraire, si j'incline vers la gauche, le parapluie tourne dans le sens contraire, et cependant la voiture chemine toujours dans la même direction. Dans l'arithmométre, les roues de notre voiture sont remplacées pardeux pignons jumeaux, et le parapluie devient la roue chiffrée du reproducteur. Il suffit d'appuyer sur un petit levier pour faire engrener le pignon qu'on veut avec la roue chiffrée, de telle sorte que chaque tour de manivelle, — la manivelle tourne toujours dans le même sens, — produise successivement dans les lucarnes des nombres toujours croissants ou toujours décroissants en progression arithmétique dont la raison est marquée sur l'abaque de la tablette.

Enfin l'organe effaceur nous montre tout le parti que l'on peut tirer d'une dent cassée; au-dessous de chaque roue chiffrée

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se trouve, faisant corps avec elle, une autre roue dentée plus petite, dans laquelle on a supprimé la dent qui correspond au o de la lucarne; un bouton molleté fait avancer une crémaillère qui fait tourner la roue jusqu'au moment oCi le o paraît dans la lucarne. L'opération se fait aussi rapidement qu'une pichenette; c'est cent fois plus rapide que la manœuvre de l'éponge au tableau. Ce détail est tout simplement admirable, et il y en a beaucoup d'autres de ce genre dans l'arithmomètre.

Quant au fonctionnement de la machine, il est aussi d'une admirable simplicité; mes deux enfants savaient s'en servir couramment à sept ans. C'est donc un instrument parfait et qui remplit le but que les inventeurs s'étaient proposé; il suffit d'une demi-minute pour obtenir le produit de deux nombres de dix chiffres; actuellement il est employé parles magasinsdu Louvre, la Compagnie des petites voitures, la Caisse des dépôts et consignations, les directions du ministère de la guerre, de la marine, les compagnies d'assurances, de chemins de fer, le Creusot, l'Observatoire, le Bureau central météorologique, l'École Polytechnique, rÉcole des Ponts et Chaussées, etc. Il s'en vend en moyenne loo par an, 60 vont à l'étranger et 40 seulement restent en France.

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