‹ Récréations mathématiques, Volume 3Chapitre 38 sur 79 · LES MACHINES DE BABBAGE. — UN GALANT AMBASSADEUR · texte numérisé non relu

LES MACHINES DE BABBAGE. — UN GALANT AMBASSADEUR

Ainsi, laissant de côté les machines à calculs approchés, nous avons vu que l'arithmomètre Thomas permet d'obtenir, à chaque tour de manivelle, les termes successifs d'une progression arithmétique croissante ou décroissante. Il y a prés d'un demi-siècle déjà, un Anglais, Charles Babbage, avait entrepris la construction d'une machine qui devait être un calculateur universel, donnant les termes successifs des progressions arithmétiques des divers ordres. L'annonce de cette machine produisit une grande émotion dans le monde savant ; l'inventeur y consacra toute la fin de sa vie, toute sa fortune et aussi les encouragements pécuniaires considérables du gouvernement anglais ; il mourut avant d'avoir pu en achever la construction.

Tout dernièrement, M. le général de Menabrea, ambassadeur d'Italie, appelait de nouveau l'attention de notre Académie des Sciences sur la machine de Babbage, qui appartient au fils de l'auteur, général dans l'armée anglaise; il évoquait, à propos de cette machine, un curieux souvenir personnel. Au début de sa

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longue et glorieuse carrière scientifique, il avait connu Babbage, qui lui avait expliqué son système. Il en fit alors l'objet d'un article dans la Bibliothèque universelle de Genève, en 1842. Une traduction de cet article parut peu de temps après, en anglais, dans les Scientific Memoirs, sans le nom du traducteur. Il était bien évident, cependant, que ce traducteur n'était pas le premier venu, car il avait joint à son travail des notes du plus haut intérêt et qui développaient le sujet d'une manière tout à fait remarquable. Or, on sut plus tard que ce mystérieux traducteur n'était rien moins qu'une très noble et très belle dame anglaise, dont le nom sera transmis à la postérité sur les ailes de Fun des plus grands poètes de notre siècle ; c'était lady Ada Lovelace, la fille unique de lord Byron.

Et le général de Menabrea ajoute fort galamment : « Puissent ces souvenirs que j'exhume sur la fin de ma carrière, provoquer l'accomplissement d'une œuvre qui serait précieuse pour la science et un triomphe pour l'art mécanique, en même temps qu'un honimage rendu à la mémoire d'un homme de génie, de même qu'à celle de la noble dame qui, par son exemple, a démontré que la plus belle moitié du genre humain peut avoir, pour les hautes sciences, des aptitudes égales à celles de l'autre moitié qui, modestement, veut bien s'appeler le sexe fort! »

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