PRÉFACE. XVII
L'Académie se regarde comme la greffière de l'usage : il semble dès lors qu'elle n'ait qu'à enregistrer? Mais distinguons, dit-elle : du bon usage ! Et ce monosyllabe bon lui crée, à son avis, une responsabilité immense ! Elle croit fuir la responsabilité de l'admission en n'admettant pas, et ne voit pas qu'elle tombe immédiatement dans la responsabilité de l'exclusion, qui n'est pas moins grave.
Le plan même de son dictionnaire, si l'on peut appeler un plan l'exercice de l'arbitraire le plus illimité, le plan est mauvais. Il renferme quantité de détails qui sont positivement, exclusivement du ressort de la grammaire. L'Académie, lors de sa première constitution, s'était engagée à composer trois ouvrages essentiels : un dictionnaire, une grammaire et une poétique. La poétique, elle ne s'en est jamais occupée, et je crois qu'elle a bien fait. Des deux autres, elle n'a publié que le premier, mais elle y a fourré au hasard des lambeaux du second. En sorte que le tout forme un assemblage confus, exubérant et incomplet, en somme indigne, on peut le dire, et de l'illustre corps qui le signe, et de la nation qui le paie si cher. De simples particuliers ont exécuté tout seuls, à leurs frais, en peu d'années, le travail que depuis plus de deux siècles une compagnie de quarante membres, la fleur et l'élite des lettres françaises, n'est pas venue à bout d'accomplir, et, s'il vous plaît, après y avoir englouti des sommes fabuleuses sorties des coffres de l'État.
N'y a-t-il pas là quelque chose à faire ? Le Diction-
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naire de rAcadémie restera-t-il éternellement au budget le tonneau des Danaïdes, et le tems n'est-il pas arrivé de mettre à ce tonneau un fond?
La première Académie, celle du tems de Richelieu, avait dressé son dictionnaire sur un plan qui fut abandonné à partir de la seconde édition. Ce plan, imité du Thésaurus iinguœ grœcœ d'Honri Estienne, consistait à ranger les mots par familles, mettant à la tête ie chef, le mot racine, et déduisant, comme dans un arbre généalogique, tous les rejetons issus de celte souche.
Cette méthode fut critiquée et battue en ruine par un argument très-spécieux : les fils, neveux ou petitsfils souvent ne ressemblent plus à leur auteur. Comment, par exemple, s'avisera-t-on d'aller chercher aquest sous quérir ; accumuler sous comble; admonester sous monitoire ; collation sous conférer ; équivoque sous voix; comminatoire sous menaces^ etc.? Pour se servir d'un pareil dictionnaire, il faudrait commencer par ôtre instruit de ce qu'on y veut apprendre : cercle vicieux.
Cette objection est bien facile à lever : on joindra au Dictionnaire une nomenclature alphahélique qui renverra du dérivé à la racine.
Mais alors il faudra chercher deux fois? C'est vrai, mais je prétends que celle petite peine sera largement compensée par les avantages de la nouvelle disposition. Ne voyez-vous pas en elVi't que celle disposition vous fait end)rasser d'un coup d'œil lous les mots qu'un lien de parenté rattache les uns aux autres ?