‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 105 sur 259 · FUTÉ, FIEFFÉ · texte numérisé non relu

FUTÉ, FIEFFÉ

Fûté s'employait métaphoriquement comme fieffc : C'est un menteur fieffé, un fieffé coquin. Allusion à la coutume féodale de récompenser par un fief : c'était la reconnaissance officielle, la proclamation authentique du mérite. — Cest un sot fieffé , c'est un fùté drôle ! L'un a reçu la consécration par le fief, l'autre par le bâton.

Ainsi Régnier suit bien sa métaphore :

Ils accusent les grands, le ciel et la fortune, Qui fuslés de leurs vers en sout si rebattus

Le fait de recevoir des coups est très-voisin de l'idée de surabondance. Quand on est battu et rebattu de quelque chose , on ne tarde pas à en être rassasié , dégoûté. De là un nouvel emploi métaphorique du mot fàté. Nous laissons parler ici un de nos correspondans, M. Ch. de Buret :

t Le mot fûté est employé en Normandie dans le t sens de rassasié, dégoûté, fatigué. ]\Iainte fois j'ai » entendu dire à des paysans que l'on pressait de maii- » ger encore : Je suis fùté. On dit aussi d'une personne » qui a essayé plusieurs fois quelque entreprise, (\\ieUe » en est fùtée; de même d'une chose qui plaisait et ne » plaît plus. »

Régnier, constamment à la recherche des proverbes, adages et locutions populaires, a du connaître cet idiotisme normand, inconnu à Le Duchat; et, quand il dit fustés de leurs vers, il me parait hors de doute qu'il a voulu parler comme les paysans cités par M. de Buret.

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