PROCÉDÉ DE FORMATION DES MOTS
Mais nous ne partageons plus l'avis de notre correspondant lorsqu'il fait venir fiisfé de fastidire ou fntigare. Encore moins adopterons - nous l'opinion qui dérive fùté de fitt , grand tonneau , barrique : fiité , plein comme un fût. Tous les fûts ne sont pas nécessairement pleins, et d'ailleurs cette origine laisserait sans explication fusté de verges. Il ne faut pas multiplier les étymologies sans nécessité : une bonne étymologie doit, en faisant connaître le sens propre, s'adapter sans effort à toutes les acceptions figurées.
Fuster vient assurément de fustigare, et nous ferons à ce sujet deux remarques sur le procédé de la langue française dans ses emprunts à la langue latine.
D'abord le mot latin, surtout si c'est un verbe, n'entre dans le français qu'à la condition d'élre préalablement éventré. (Qu'on me passe ce terme pour économiser les périphrases.) On lui arraclie la syllabe ou tout au moins la voyelle du centre, et le reste rapproché (et la terminaison convenablement atténuée) subit les modifications exigées par l'euphonie.
Soit, par exemple, le mot scandalum à métamorphoser en français. Va du milieu étant arraché par cette règle d'éviscération dont je viens de parler, il reste scandlum; l'atténuation de la finale donne scandle ; l'horreur des deux consonnes consécutives oblige de préposer un p, comme dans esponge , esprit y escrire, escaillcy estrenne, estole (1). Nous avons cscandle,
(1) Spongium, spIrtftM, scribere, squamma, strma, stola.