‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 107 sur 259 · MOTS DE DOUBLE FORMATION · texte numérisé non relu

MOTS DE DOUBLE FORMATION

vez aftîrmer, sans crainte de vous tromper, que c'est la renaissance qui nous en a fait le cadeau.

Non-seulement la renaissance a créé des mots contrairement aux règles primitives de la langue française , mais elle en a déformé qui avaient existé jusquelà conformes à ces règles. Jusqu'au xvi^ siècle on avait dit un escorpion (1) :

A tâDt esvos (2) un mal escorpion Richicr saisit par derrière el talon.

{Agolanl, v. 259, ap. Bekker.)

Nous n'avons plus la permission que de dire , en sonnant trois consomies consécutives, un scorpion.

L'Académie française prépare un dictionnaire histo • rique de la langue. Il ne faut pas douter que l'illustre compagnie ne signale cette double formation qui est le trait principal de l'histoire du français, et n'en marque attentivement les caractères dislinctifs et les curieux effets. Ainsi l'on nous ferait apercevoir derrière créateur le mot crierres ; derrière la règle , la re'ole ; derrière monastère , moustier; derrière thériaqtie, triade ; derrière les verbes craindre, frémir, courir, extirper, imprimer, les verbes cremb\ frire, courre, estreper, empreindre, qui tous ont en latin une syllabe de plus : tremere, fremere, currere, extirpare, impjrimere, etc. Ce sera l'étude la plus intéressante et la plus profitable

(1) Probablement on prononçait un écorpion, ou mieux, en transposant l'r, un écropion.

(2) Esvos, ecce-vobis, voici.

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