PLEUTRE, BÉLÎTRE
été qu'un diminutif culinaire, un terme de gastronomie et non d'histoire naturelle. Voilà pourquoi il ne saurait jamais être question du chant de la mauviette. Nous espérons que cette réponse satisfera le savant cuisinier de M. le baron de*", et lui fera comprendre par quel motif on ne saurait dire :
La mauviette chantait perdae au fond du ciel.
C'est l'alouette qui se perd au fond du ciel ; la mauviette ne peut se perdre qu'au fond de la casserole.
J'observe que le nom des ?iîaiwiettes ne doit pas remonter bien haut, car ce mot ne paraît pas encore dans Trévoux, ni dans le Supplément publié en 1752.
T Pleutre. — Je ne doute pas que pleutre ne soit le même que belleudre. Dans des lettres de grâce de l'an 1A08 : a Ces belleiidres veulent-ils faire les mais- » très ! » Ces pleutres veulent-ils, etc. (Du Cange, sous Balens.)
Un belleudre est donc, dans le sens étroit de l'étymologie, un bêlant, un mouton, un homme sans énergie, sans courage, qui ne sait que bêler lorsqu'il faudrait se battre, un pleutre enfin.
Voyons si d'autres faits analogues viendront confirmer cette origine.
Les Espagnols ont belitre, que nous avons francisé, — à moins qu'ils ne l'aient hispanisé d'après le français. — Qu'est-ce qu'un belitre ? C'est un mendiant. De l'Aulnaye, dans son glossaire de Rabelais, observe I. 15
170 BELISTRE, BELISTRER.
que belitre, dans le principe, n'avait point de mauvaise acception , puisque les quatre ordres mendians étaient ainsi nommés. Il fait cette remarque à l'occasion du mot helistrandie ; il aurait pu la faire à l'occasion de ces deux vers macaroniques cités dans le 3* chapitre du livre IV de Pantagruel. L'auteur probablement veut faire entendre que son personnage est un frère quêteur des capucins :
Hic est, de patria, iialus de gente heXx&ira, Qui solet antique bribas portare bisacco.
« Celui-là est issu d'un pays et d'une race de mendians ; vous le voyez d'habitude porter des rogatons dans un vieux bissac. »
On a dit aussi belistrer pour mendier. « En ce tems- » là, dit Bodiu, nul n'alloit belistrer à la cour le loyer » de sa vertu. »
Bélître se rattache encore au verbe bêler.
Les Latins employaient avis dans la même acception figurée. Dans Plante, deux vieux papas, Micobule et Philoxène, informés tout à coup que leurs fils sont tombés dans les filets des sœurs Bacchis , n'hésitent point à se lancer dans les llammes, au risque d'y périr eux-mêmes, pour en arracher leur géniture. Ils frappent en furieux à la porte do ces dames connue s'ils voulaient l'enfoncer; les deux effrontées paraissent :
Bacchis I". Qui fait ce vacarme à notre porte? On a prononcé mon nom ?
NicoBLLK. Moi et monsieur.