BABOUIN
tout vif el sans recourir à aucune transformation. Mais il est trop clair que le bas breton a emprunté ces mots, comme une foule d'autres, à la langue française. C'est ce qui n'est jamais venu à la pensée de Ménage. Règle générale chez lui : un mot français vient toujours du mot qui lui ressemble dans une langue étrangère. Il arrive les trois quarts du tems que pour avoir la vérité, il faut renverser les deux termes de la proposition, et qu'ainsi la prétendue étymologie de Ménage laisse subsister la difticulté tout entière.
A propos des singes, je ferai observer qu'il y en a qu'on appelle babouins , et qu'on se sert également de ce mot pour désigner un enfant, un petit polisson :
... Ah ! le petit babouin !
Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise !
(La Fontaine, l'Enfant et le Maître d'école.)
Daunou , dans son Discours sur l'état des lettres au xiii« siècle (I), nous apprend que babouin se prenait dès lors pour un petit bonhomme , homuncio : « Les • marges (des manuscrits) se remplissaient de pein- » tures... Tracer ou peindre ces figures marginales » s'appelait babuinare. » Le verbe babuinare manque dans Du Cange, et même, aux mots Babewynus, Baboy- NLS, on n'indique pas l'acception de homuncio comme usitée au moyen âge. C'est une lacune que je saisis l'occasion de signaler.
Ne terminons pas sans rendre compte de croquer le
(i) muoire Méraire, t. XVI, p. 39.
186 FAIRE SA tête; faire charlemagne.
marmot. C'est une expression qui a pris naissance dans l'atelier des peintres , d'où elle s'est répandue dans le monde. L'artiste qu'on fait languir sur un escalier, dans un vestibule, dans une antichambre, pour tromper la longueur du tems, s'amuse à barbouiller, à croquer une petite figure de marmot contre la muraille. Voilà le sens propre ; le sens métaphorique s'ensuit naturellement.
Il n'y a pas d'autre origine à faire sa tête, que nous voyons s'accréditer parmi le peuple, en atlendanl que l'Académie française l'admette dans son Dictionnaire, 011 elle a reçu croquer le marmot. Un apprenti qui en a fini avec les nez, les yeux, les bouches et les oreilles, passe à l'ensemble ; à partir de ce jour, il est artiste, il fait le fier, l'important : il fait sa tête l
^ Faire Charlemagne est une expression du vocabulaire particulier des joueurs. C'est se retirer du jeu avec tout son gain, ne point donner de revanche.
Je ne puis trouver à cette façon de parler d'autre origine qu'une allusion à la mort de Charlemngne , arrivée au moment de la plus grande puissance de Tempire d'Occident. Charlemagne garda jusqu'à la fin toutes ses conqut^tes, et rjuitta le jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires. Le joueur qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne, il fait Charlemagne.
Le fils du grand empereur n'eut pas aul;inl tic bonheur que son père. Louis le Pieux ne fit pas Charlemagne^
FAIRE charlemagnë; faire jou. 187
et ses successeurs pas davantage. C'est justement ce contraste qui doit avoir donné naissance à celte expression assez poétique.
Et elle se présentait naturellement, puisque l'un des quatre rois du jeu de cartes porte le nom de Charlemagnë.
Mais il serait bien curieux de savoir quand cette façon de parler a commencé d'être employée et chez quel auteur on la trouve pour la première fois.
Nous saurons cela à coup sur quand nous aurons le Dictionnaire historique de notre langue auquel travaille l'Académie française. Jusque-là, patience!
T Faire jou, italianisme du xvi^ siècle, far giù, s'abaisser, s'humilier, céder :
ÂDjou fait jou, Angoulesme est de mesme.
(Marot.)
On a mal à propos rapporté cette locution au mot joug. Les auteurs du Complément du Dictionnaire de l'Académie ont été trompés par les éditeurs de Régnier, qui ont imprimé :
Il faut que mon homeur fasse joug à la loi.
Ils ont évité un hiatus par un contre-sens ou un nonsens. Ils devaient laisser l'hiatus dans Régnier comme il est dans Marot, ou mettre « ïassejous à la loi ». Sus, haut; y^^5, bas, d'où vient le terme de mATine jusant . Le jusant est le flot descendant, le reflux.
188 MOTS PHÉTENULS FORMÉS