‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 12 sur 259 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE

avec tout ce laborieux appareil, encore n'atteignez-vous pas votre but, parce que le lecteur n'aura pas la patience de suivre vos démonstrations, supposé que vous ayez vous-même celle de les donner jusqu'au bout. L'esprit est ravi du chemin qu'il fait tout seul, à sa guise et à son pas ; mais d'être conduit en laisse et de fouler une piste , il s'en fatigue bientôt et refuse d'avancer.

Ce sont assurément ces considérations, ou des considérations analogues, qui avaient déterminé la première Académie à préférer la classification par racines et par familles. Mais d'abord on omit la précaution de cette nomenclature alphabétique qui était le fil conducteur indispensable dans le labyrinthe ; ensuite, au xvn* siècle, les moyens manquaient de remplir le plan qu'on avait tracé. L'étude philologique de notre langue commençait à peine, ou, pour mieux dire, n'avait pas encore commencé; car Patru, Vaugelas, Thomas Corneille étudiaient la langue présente sur elle-même, sans autre boussole qu'une sorte d'instinct de délicatesse et de régularité; de principes fixes, peu ou point. Le goût de quelques sociétés de femmes, les écrits de quelques hommes célèbres, surtout l'usage de la cour, c'était là leur étoile polaire. Ménage, tout en se réglant sur les mêmes autorités, comme il était vraiment et solidement érudit, essaya de donner à sa critique des bases plus fermes; mais ayant voulu appeler à son secours tous les détails de l'érudition classique et sa connaissance des langues étrangères, il perdit la tête

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