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comme au milieu d'un chaos, et sa science même ne lui servit guères qu'à s'égarer. Mais lorsqu'on se fut mis à exhumer les œuvres du moyen âge, à les déchiffrer, aies lire etrelire avec attention et sympathie, un nouveau jour se leva ; on découvrit alors, et cela ne remonte pas bien haut, on découvrit ce fait singulier qu'on n'aurait jamais soupçonné, que l'histoire du français moderne était dans le français ancien, et subsidiairement que l'ancien français vivait encore aujourd'hui dans la bouche du peuple et dans le patois des provinces. Il fallut bien des publications pour en arriver là, et ces vérités évidentes ne s'établirent pas sans lutte ! Enfin, grâce à Dieu, elles sont à peu près reconnues. Les dévots d'autrefois au celtique, à l'hébreu, à l'indou, comme langues étymologiques du français, commencent à se détacher du culte de leurs idoles, et à confesser que, pour expliquer notre langue, le plus pressé est d'étudier la langue de nos pères. On a cette obligation à tant de textes français du moyen âge qui ont été rejetés dans la circulation ; et plus on en ressuscitera, plus ces idées gagneront de terrain. La vraie méthode une fois trouvée, on chemine rapidement.
L'Académie ayant sous la main cette abondance d'excellens matériaux, dont chaque jour grossit encore la masse, pourquoi ne reprendrait- elle pas le premier plan (lu Dictionnaire? Elle travaille, dit-on, à un Dictionnaire hislori(]ue de la langue française : il me semble que le véritable dictionnaire historique serait celui-là
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qui instituerait une comparaison perpétuelle entre la langue prise à ses sources les plus reculées et la langue telle que nous la parlons; qui rétablirait, par exemple, un radical tombé en désuétude, à la tête de tous ses dérivés pleins de vie,. ou nous ferait voir fonctionnant au sens propre un mot dont nous ne connaissons plus que les acceptions métaphoriques. Mais c'est surtout dans le diclionnaire comparé que la disposition des mots par familles serait intéressante et instructive ! On le comprend d'abord sans qu'il soit nécessaire d'insister. Voilà un groupe : pourquoi tel individu est- il vivant, et a-t-on laissé périr son cousin qui valait mieux que lui? El celui-ci qui est en train d'agoniser, ne pourrait-on pas le rappeler à la vie? Et cet autre qui n'a point d'équivalent, plutôt que de forger un barbarisme ou d'aller quêter à l'étranger, reinettoiis-le en activité de service. Au contraire, voilà un mécliaiil bâtard qui usurpe la place d'un enfant légitime, ou qui fait double emploi ; qu'il soit chassé et qu'on n'en parle plus ! Ainsi les litres de chacun étant mis au soleil, tout le monde en pourrait juger. On signalerait à coup sur, ici une superfétation, là une lacune, et l'on porterait remède où il en serait besoin. Ce serait un inventaire raisonné, au lieu d'un inventaire fait au hasard de l'alphabet. Et croyez-moi que la philosophie du langage en ressortirait si naturellement, qu'elle frapperait ceux même qui s'en mettent le moins v\\ peine.
Il y aurait bien un moyen de pousser vers la perfection l'œuvre des Quarante ; mais ce moyen, excellent à
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mon gré, est tellement en dehors des mœurs académiques, que je ne sais si j'oserais le proposer.
Dans l'état actuel des choses, la commission du Dictionnaire, avant de rendre sa rédaction définitive, la fait imprimer sur des cahiers dont les vastes marges appellent la critique et les réflexions des confrères à qui ils doivent être soumis. Pas un exemplaire de moins que le nombre strictement nécessaire , pas un de plus (1). Depuis deux siècles passés, il n'est jamais arrivé qu'un de ces mystérieux cahiers d'épreuve ait franchi les murs discrets du sanctuaire et se soit égaré dans le monde, ni avant, ni pendant, ni après, tant messieurs faisaient bonne garde! C'est bien; mais ce qui serait mieux, ce serait de prendre aujourd'hui le contre-pied : ce serait d'agrandir le jury; ce serait que ces fascicules, au lieu d'être mis sous clef comme dos secrets redoutables, fussent répandus à profusion par toute la France. L'Académie renferme une masse considérable de lumières, mais enfin elle ne renferme pas toutes les lumières; ce serait insulter à son bon
(I) Cet usage remonte aux premiers temps de l'Académie, seulement cos cahiers étaient d'abord manuscrits : — « Il a cousté deux » mille escns au roy pour faire transcrire ces minutes en de grands » cahiers, en grosses lettres et avec de grandes marges sur lesquelles M on travailloit à la correction. ■) (Flretiére, Second factum.)
Le passage suivant semble indiquer que Ton prit bientôt, comme plus économique, le parti de Taire imprimer ces cahiers :
« On a veu souvent M. Racine, trouvant à l'ouverture du Dictioa- » naire imprimé des choses qui ne luy plaisoient pas, s'escrier en » plein bureau : Bon Dieu! où nous Tourrcrons-nous quand ce livre u viendra à pjroistre? le public nous jettera des pierres!.... » {Ibidem, p. 72.)
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sens que de lui prêter cette ridicule prétention. Sans parler du sot que deux vtrs de X Art poétique ont mis en proverbe, le goût de l'étude est à présent si répandu, (ju'un avis important peut venir de quelqu'un qui ne serait pas membre de l'Institut. Parmi ceux qui en sont capables, qui ne tiendrait à honneur de lournir une observation utile à l'Académie française? Dans cette vaste correspondance, l'Académie trouverait infailliblement de très-bonnes choses dont elle ferait son profit. Jadis Henri Estienne eut à se féliciter d'un procédé semblable pour la correction de ses excellentes éditions grecques. Pourquoi la France n'aurait-elle pas un Dictionnaire français rédigé en collaboration de la nation tout entière, l'Académie jugeant et tenant la plume? Et en quoi la dignité académique serait-elle blessée d'attacher son nom à ce dictionnaire issu en quelque sorte du suffrage universel ?
Grande et terrible objection : Mais cela ne s'est jamais vu !... Eh bien, cela se verrait.
Cet ouvrage serait, j'en conviens, un travail trèsconsidérîfble, et bien autrement épineux que d'avoir à réimprimer, avec quelques retouches et quehjues additions, le vieux dictioiuiaire. 31ais aussi à qui le demande- l-on ? A l'Académie française! Est-ce que ce grand nom n'oblige à rien ? Et si l'Académie est effniyée de fouiller tant de documens amoncelés, de dépouiller tous ces vieux titres de notre langue, on peut hii indiquer un moyen de diminuer son labeur sans diminuer la valeur du résultat, au contraire. Il u'est