‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 124 sur 259 · SINUS. SE SUICIDER · texte numérisé non relu

SINUS. SE SUICIDER

euphonie naturelle, et par affinité avec les terminaisons les plus habituelles de la langue scolastique, il s'intercala bientôt un n, qui forma sinus.

» Telle est l'origine traditionnelle de ce mot; et, comme je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'exemples de cette bizarre transformation, j'ai pensé qu'elle pouvait intéresser vos lecteurs.

» Veuillez excuser, monsieur le Directeur, la longueur de cette lettre, et agréez mes salutations empressées. » A. B.

Il serait superflu sans doute d'établir longuement que cet exemple (d'ailleurs fort curieux et dont je remercie la personne qui me l'a bien voulu fournir) ne conclut rien contre mon opinion. En effet, sinus, d'après cette étymologie, n'est pas composé de deux syllabes initiales de deux mots différens : c'est le résultat d'une ellipse de semi itis., où s'est ensuite glissée par euphonie la voyelle u. S n'est pas la première syllabe de senti. Il faudrait que le mot fût semins.

Knfin sinus n'est pas de la langue usuelle et commune : c'est une création des savans, et création moderne.

T Sk suicider. — Est-ce une expression légitime?

Avant d'en venir au verbe, qui est contesté, occupons-nous du substantif, qui est admis.

Les anciens n'avaient pas de terme propre pour exprimer le suicide ; la chose était connue , mais ce crime 1. 17

19/i SUICipE, SE SUICIDER.

antisocial n'était point passé (j^ps les mœurs, H en fut de même pendant tout le moyen âge et (|ans les siècles suivons, jusqu'au xvni* : c'est alors seulement que se montre le mot suicide^ apparemment pour satisfaire à un besoin reconnu, et (point assez digne de remarque) c'est en France qu'il fut inventé. Le Dictionnaire français-latin de Jûubert, publié en 1732, ne l'a pas encore ; il est dans la troisième édition du Dictionnaire de l'Académie (1778). JiCS dictionnaires anglais de Guy Miége (1701), de Fox (1769), le grand dictionnaire allemandanglais-français de Christian Ludwig (Leipzig, 1763), se servent encore d'une périphrase : — Self murderer, meurtre qu'on commet sur soi-même. — Self murderer, qui s'est tué. — Rien dans Trévoux , qui parut en 17/iO ; mais le Supplément, publié en 1752, donne suicide y et ajoute :

« Nous devons ce mot à M. l'abbé Desfontaines; il est substantif et adjectif : « Lorsqu'on veut favoriser » un coupable au Japon, on lui permet de se faire tuer » par ses parens ; mais le suicide est plus beau. » (L'abbé DesfontaineS.) — « Le spectacle des pièces tragiques » porte par lui-même à l'amour romanesque , à la ven- » geance, et surtout diminue l'horreur du suicide ^ si » ordinaire dans les catastrophes de nos tragédies. » {Observ. sur les écrits modernes ^ t. IX, p. 299.)

Les Observatiom de l'abbé Desfonlaines, qui, plus tard , devinrent la célèbre Année littéraire , parurent en trente-quatre volumes, de 1735 à i7A3 ; le onziènie volume répond à 1738, c'est donc à cette date qu'on

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