‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 127 sur 259 · SE SUICIDER · texte numérisé non relu

SE SUICIDER

Les humanités sont ainsi appelées , humaniores litterœ, parce qu'elles rendent plus poli. La grammaire est la base des humanités.

Mais si bon humaniste ou grammairien que puisse être M. Wey, je ne crois pas impossible de lui répondre.

Sa brillante tirade se résume en cette phrase, assez terne, je l'avoue : Le pronom réfléchi de la troisième personne isuî) est enfermé dans le mot suicider; par conséquent ce mot ne saurait être construit avec les pronoms de la première et de la seconde personne : sut exclut met et tuî.

A la rigueur, la conclusion n'irait qu'à interdire yc me suicide et tu te suicides , mais non il se suicide , car le conflit de pronoms ne se rencontre que dans les deux premières formes. La troisième n'offrirait tout aii plus à reprendre qu'un pléonasme.

Mais j'irai plus loin, et je dirai que le conflit n'existe pas.

Attendu quun pronom , une préposition , entrant en composition d'un mot , abdiquent leur nature pour revêtir celle du mot où ils s'incorporent; ils ne sauraient prétendre exercer encore du sein de ce mot les privilèges dont ils jouissaient à l'état libre, commander la même construction, gouverner le même cas, faire en un mot fonction de pronom ou de préposition et de verbe tout à la fois. La vertu du radical, en tant qu'élément de syntaxe , s'absorbe et disparaît dans la vertu du mot auquel il se donne. Et cela est si vrai, qu'en grec et en latin les verbes composés se construisent

Page 1