VERBES COMPOSÉS. SOUHAIT
encore avec la préposition qu'ils renferment déjà, et même avec une préposition différente. Je donnerai des exemples analogues sans sortir du français.
Comment 31. Wey, puisqu'il veut laisser aux élémens d'un verbe toute leur valeur et leur effet individuel, comment souffre-t-il qu'on dise : Intervenir dans une affaire, auprès de quelquunl C'est, selon lui, venir ENTRE DANS wie affaire, venir entre alprès de quelqu'un.— Intercéder pour un coupable, c'est marcher entre pour ce coupable. — S'abaisser sous le niveau commun, c'est se baisser a sous ce niveau. — S'enquérir de la vérité, c'est se chercher dans de la vérité. — Se conformer à la règle, c'est se former avec a la règle, etc. Quel jargon ! quelles absurdités ! Il faut réformer la moitié de notre langue: à la bonne lieure, réformons ; mais comment réformer aujourd'hui la langue d'Homère et celle de Virgile ?
M. Wey répondra peut-être que les exemples cités se composent avec une préposition, tandis que se suicider se compose avec un pronom ? Misérable subterfuge , puisque l'analogie n'est pas contestable ; mais il faut le contenter jusqu'au bout. Je vais prouver à M. Wey qu'avec sa doctrine, il ne lui est pas permis de dire lorsqu'on éternue : A vos souhaits, ni à un ami qu'il rencontre : Je vous souhaite le bonjour.
Souhait est composé des deux racines son hait. Son est le pronom possessif; hait est un substantif à peu près synonyme de gré , qui a formé les anciens mots haitier, deshaitier^ mal dehait. La réunion a donné
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souhait par la mutation de Xn en u, comme nous disons couvent pour, convent ^ moustier pour inonstier (de monasterium} ; mouton de l'italien montone; Coutances de Constantia, et mille autres [1). Souhait littéralement veut dire 5o;j gi'é, son plaisir. Maintenant voyons le bel effet du pronom possessif de la troisième personne dans cette locution : A vos souhaits. Cela représente donc à vos soy-grés? — Mon souhait repésente tnon soy-gi'é? Quant à traduire mot à mot : Je vous souhaite le bonjour, — je me souhaite parmi vous^ on peut en défier celui-là même qui a trouvé je soitue et // a suibrùlé.
Voilà où conduit directement la doctrine en vertu de laquelle on déclare absurde la locution se suicider. Il ne faut pas, dans cette locution, tenir plus de compte du pronom réfléchi qu'on n'en tient du pronom possessif dans souhait , souhaiter, ni de la préposition entre dans intervenir, ni de toute autre racine en tant qu'élément de syntaxe. Il en est de cela comme d'une poutre enfermée dans un massif de maçonnerie : elle le soutient ; on peut la deviner, mais on ne la voit pas.
Je sais nombre d'honnêtes gens que cette expression se suicider scandalise jusqu'à l'horreur et l'indignation ; c'est en leur faveur qu'on a essayé cette analyse. J'ouvre le Complément du Dictionnaire de l'Académie de MM. Didot, et j'y lis : — « Se slicideu (néol.). bar-
(1) Je ne m'arrête pas à réfuter M. Paulin Paris qui tire souhait de subvota {Chanson d'Antioche, I, p. 71). 11 en vient comme grains (rallemand grimm, sombre) de gravis caput, comme isnellement de igniter, et musliaux {jambes et non lapins) de mustela.