‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 14 sur 259 · PRÉFACE. XXV · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXV

pas contesté que l'ancienne langue française subsiste encore dans le langage du peuple et dans les patois de la province ; el cela est si bien reconnu, que de tous côtés l'attention s'éveille sur ce point : on commence à ramasser ces locutions et ces tournures si longtems méprisées; on compile des glossaires patois; on note curieusement la prononciation particulière aux campagnes des environs de Paris, etc. Tout cela ne se peut faire sans amener des comparaisons, des réflexions, des découvertes. Pourquoi l'Académie ne prendrait-elle pas de part à ce mouvement? A qui mieux qu'à FAcadémie française appartient-il de le seconder, de le diriger et d'en résumer les effets ? A l'aide de ses concours, il lui serait si facile de susciter de bons glossaires provinciaux dont elle aurait par avance élaboré le plan uniforme et combiné la portée ! Voilà , par exemple, M. le comte Jaubert qui nous donne un Glossaire du centre de la France, composé avec cette patience, cette méthode et cette rigueur d'observation où l'on se forme par l'étude des sciences naturelles, car c'est là qu'on apprend à saisir les moindres nuances et à classer cbaque objet en son véritable rang. Que d'observations neuves, piquantes, vraies, sortent spontanément de ces pages couvertes de mots patois? L'auteur en a indiqué beaucoup, mais quiconque y jettera les yeux en trouvera de nouvelles, et toujours de nouvelles, selon les ressources et la disposition des esprits. C'est un fonds inépuisable ! Eh bien, supposez que nous possédions rédigés avec le même soin, la même conscience,

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la même connaissance de la matière, des glossaires des patois wallon, picard, normand et lorrain, ce seraient d'immortelles archives de la langue française. Et il s'en va grand tems de les recueillir ! La civilisation disséminée par le réseau des chemins de fer entame partout la tradition, l'écrase sous les roues des locomotives, et aura hientôt fait d'absorber et de confondre toutes les originalités locales dans l'océan de l'uniformité. Dans un tems donné, il n'y aura plus de patois; il n'y aura plus que le français littéraire, le français du théâtre et des romans, compliqué (et non pour petite dose! ) du français industriel. Dieu sait ce que c'est, et surtout ce que ce sera !

C'est à ce malheur que l'Académie devrait préparer un remède, ne pouvant absolument le conjurer. Elle en a les moyens, et si elle ne veut pas s'en servir, il lui sera un jour amèrement reproché. (]e sera un nian- (luement à ses devoirs, une trahison, car, encore une fois, elle est olïiciellement responsable. Faites donc naître des dictionnaires provinciaux qui serviront d'auxiliaires au vôtre et qui resteront encore après. Préparez des archives pour l'histoire, dussiez-vous ne pas l'écrire vous-mêmes; vous les léguerez aux historiens à venir, et celte prévoyance facile fera bénir un jour votre mémoire.

Les dictionnaires sont des herbiers. Depuis assez longlems l'Académie s'amuse à la flore des serres chaudes et des parterres d'agrément; il faut à présent (|u'elle s'occupe un peu des plantes rustiques, où logent

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