UN MIS AU PLURIEL
en était encore plus grand au xvi* siècle qu'aujourd'hui, beaucoup de mois ayant reçu de l'usage la forme du singulier qu'ils n'avaient point alors. Ainsi nous disons fort bien : une balance, — une besace^ — une culotte^ — iine lettre {epistola), — une entrave, — ?me tenaille, tous mots que nos pères n'employaient qu'au pluriel (je dirais au duel, si, comme chez les Grecs, ce duel avait pu avoir une forme distincte du pluriel). Eh bien, pour tous ces objets faisant paire, dont le nom réveillait Tidée d'unité et celle de dualité, ou en général de composition, nos pères satisfaisaient à ce double aspect de la pensée en se servant du pluriel de un. Ils disaient: wwes lunettes, — unes nopces, — unes verges^ — unes tenailles, — unes orgues, — unes patenostres,
— unes balances, — unes armes (un écusson d'armoiries : voyez quelle périphrase ! ), — unes e?itraves (un cep à chaque jambe), — unes cymbales, — unes chausses ,
— unes forces (grands ciseaux , forcipes) , — uns ci' seaux, etc. Paisgrave en a donné le tableau à peu près complet , page 183 de sa grammaire (édit. 1852).
L'Académie tolère : Do?inez-moi la pincette, de quoi elle est vertement reprise par Laveaux et par tous les recueils de locutions vicieuses. — Ceux qui parlent ainsi parlent mal , dit nettement le Dictionnaire des difficultés, et il ajoute : « On ne dit pas plus : Donnez- » moi LA PINCETTE, pour les pincettes , qu'on ne dit : » Donnez-moi le ciseau, donnez-moi la force , pour » les ciseaux ,, les forces. »
Je souscris à cette condamnation de rAcadcniie, qui