‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 152 sur 259 · EXEMPLE · texte numérisé non relu

EXEMPLE

Au siège de Mopsuesle, les croisés tentent de pénétrer dans la place juste au moment où les assiégés s'apprêtaient à faire une sortie. Le hasard servait mal les chrétiens ; ils allaient être repoussés avec perte , lorsque par un coup de fortune Bohémond fait voler la tôle du général païen. Aussitôt le reste s'épouvante et s'enfuit par une vieille poterne, laissant les croisés maîtres de la ville, où ils trouvèrent un riche butin :

Par une viesc porte en Tuie sont torué , Et François sont laiens reniés à sauveté ; Pour çou (lit on souvent : La forces paist le pré. lié Dicx 1 comme ils i furent ricement ostelé !

{Anlioche, I, 176.)

Sur quoi l'éditeur , M. Paulin Paris , met en note : « Ce proverbe si fameux autrefois exprimait que la mul- » titude désarmée ne pouvait rien contre un seul homme » de cœur. » Le contre-sens est d'autant plus marqué que les assiégés de Mopsuesle n'étaient pas une multitude désarmée. L'application eût donc élé aussi fausse que la pensée est fausse en elle-même ; mais l'auteur n'a rien dit de pareil.

Ce proverbe se trouve dans Villehardouin avec la m^mc signification. M. P. l'aris (car il a donné aus>i uni} édition de Villehardouin) y fait un autre contresens en traduisant ; « La faul.v. toîid le pré (i). »

(i; Page 340 do l'édiliou de M. P. Paris.

NE A Ml NE A SON. 237

M. P. Paris a été abusé par la double acception du verbe paître. Quand Jésus-Christ dit à saint Pierre : Pais mes brebis {Pasce oves meas), il n'a pas entendu lui dire : Mange mes brebis , mais fais-les manger, nourris-les, ce qui est bien différent! M. P. Paris traduirait donc le moi pais mes brebis^ tonds mes brebis? U Univers peut l'interpréter ainsi, mais non pas l'Université.

Cette édition deVillehardouin, faite pourla Société de l'histoire de France, est ornée d'un certain nombre de remarques aussi curieuses ; mais la meilleure de toutes en ce genre se trouve à la page 256, où ces mots 7ie à mine à soti (ni au milieu ni au sommet) sont expliqués : <r Vous n'êtes ni dans le ton de mi ni dans le ton de sol ! j> C'est pourtant ce Villehardouin qui a ouvert à son éditeur les portes de l'Académie des inscriptions, et lui a valu un jour la préférence sur M. Villemain ! Ce que c'est qu'à propos toucher la passion !

Mais quelle consolation pour Paul-Louis ^i le pauvre homme eut encore été de ce monde ! Et quel bon paragraphe de plus dans la Lettre à messieurs de l'Académie des inscriptions !

T Uns, unes étaient employés aussi , mais plus anciennement, au sens de quelques ; comme dans ce passage des Mois :

« Cume il vint à unes loges à pasteurs en cel che- » min. » (Page 381.) — « (]omme il rencontra quelques cabanes de bergers. »

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