‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 157 sur 259 · A8 DÈS LE POTRON-JACQUET · texte numérisé non relu

A8 DÈS LE POTRON-JACQUET

Latins d'isaitutpulhis ou caiulus. (Je remarque en passant ({WQ potron n'a pas été remplacé, et manque sensiblement dans notre langue ; le mot petit, par lequel nous y suppléons , est incommode , parce qu'il est en même temps adjectif.) Le polron-Minette était donc le petit de Minette (catulus felis) : Il est éveillé dès le potron-Minette, c'est-à-dire en môme tems que le pelit chat , ou , selon le proverbe de Trévoux , a avant que les chats soient chaussés » .

Une troisième variante, moins répandue, substitue au potron-Minette le potron- Jacquet. Dans le poëme de Cartouche, ou le Vice puni y par l'organiste Grand val, qui fut le père du célèbre comédien, l'auteur dit de son héros fugitif :

Il avançait pays monté sur son criquet ;

Se levant tous les jours dès le potron-Jacquet,

;ClianlVlII,p. SO.)

Celte variante est surtout d'usage en hasse Normandie, où, ainsi que me Tatteste une lettre datée de Valognes, un écureuil se nomme familièrement un Jacquet. Cet usage d'attribuer à chaque animal un nom propre, comme à l'honmie, remonte au lioman de Reiuird. Le potron-Jacquet est donc le petit de l'écureuil , qui est pour le moins aussi matinal que le petit chat, ou le polron-Mir.ellc. Cette variante norniande coniirme l'explication an potron-Minette, et ce dicton proverbial vient à son tour élayer le sens et l'étymologie que j'ai indiqués du mol poltron.

(juanl au patrofi-Minettc , leçon qui, je le répèlo.

FAUSSE MONNAIE DES SA VANS. 2hQ

me paraît fausse et insoutenable, il n'est pas malaisé d'en apercevoir l'origine.

A une époque où le potron n'avait plus cours , des savans, de ces gens qui ont la prétention de n'employer que des mots qu'ils entendent, auront substitué patron Shpotron. Ce sont de tels ambitieux qui dénaturent les langues et les perdent. La langue est un trésor dont chaque citoyen reçoit une parlie en dépôt. L'homme du peuple transmet sa part telle qu'il l'a reçue, intacte, sans avoir jamais pensé à l'examiner seulement. On peut prendre de lui les yeux fermés. Mais le savant, demi-savant ou savant et demi, prenez garde à ce qu'il vous donne ! II a manié et remanié toutes les pièces ; il a fait de la fausse monnaie ; il a rogné les éeus, substitué des louis d'or en cuivre, blanchi le billon avec du mercure : que sait-on ce qu'il n'a pas fait? Tout cela, j'en conviens, est net, brillant, éblouissant à l'œil ; mais au Irébuchet vous aurez furieusement à décompter ! Préférez, croyez-moi, la monnaie parfois crasseuse de l'artisan : vous en serez quitte pour la savonner, et du uioins vous êtes sûr de la trouver par-dessous de bon aloi. Il y a plus : cet enduit lutélaire a sauvé la fleur du coin, et vous avez là de vraies médailles, dont vous pouvez vous aider à coup sûr pour étudier les vicissitudes de notre idiome, en classer les détails el en établir l'histoire.

^ L'aube des chats me rappelle I'Aubk des mouches dans Rabelais « Au tiers our, à l'aube des ?nouches ^

260 l'aube des mouches.

» nous apparut une isle triangulaire. » {Pantagruel , IV, 9.) Tous les commentateurs ont ici répété le contresens de Le Ducbat , qui s'appuie sur César Oudin pour interprélor celte périphrase « sur le soir ». Ajoutant pour plus de lumière : « L'aube des mouches est le » tems où les mouches commencent cà se faire sentir. » Il paraît que c'est l'explicalioti d'Oudin au mot Albv DEi TAFANi. Après Le Duchat vient De l'Aulnaye : « Atibe des mouches, le soir. Alba dei tafani, disent » les Italiens, a Après De l'Auhiaye, M. Paul Lacroix met en renvoi ces simples mots : « le soir ». Il semble entendre un écho qui répète exactement l'intonation en aflaiblissant l'inlensité de la voix.

3Iais point du tout ! Valba dei tafani , l'aube des mouches, c'est l'heure de midi. C'est quand la chaleur est le plus intense que les mouches sont le plus nombreuses el le plus importunes. Comment Le Duchat ou César Oudin, son guide, ont-ils pu dire que les mouches se montraient et piquaient surtout au crépuscule du soir? Au reste, comme il est bon en pareil cas d'avoir pour soi, outre le sens commun de l'expérience, une autorité écrite, voici la mienne. C'est Minucci, dans ses notes sur le Malmantile. Lippi , dans la slance 8* du X* chant, s'élanl servi de celte expression , l'alba dei tafani , Minucci rexjiiique « l'heure où le soleil est » dans loute sa force , et où les laons piquent avec lo j> plus d'àpreté... Ainsi , se lever à l'aube des taons ^ » c'est-à-dire se lever à midi. » — Sans m^me aller chercher si loin, il sullirail d'ouvrir un diclioimaire :

l'aube des molches. 251

« Levarsi aW alba dei tafani^ che è levarsi tardi, per- » cioccbè queir animaletto non ronza se non è allô il » sole. » (Amomni. au motTAFANO.)

Sur celle question d'histoire naturelle : A quelle iieure du jour les mouches sont-elles le plus méchantes ? un cheval, que dis-je? un âne, un simple baudet, ne se fussent jamais trompés; et voilà trois savans, sans ceux que j'ignore, qui sont venus culbuter les uns sur les autres ! Quelle leçon pour l'orgueil humain !

Salomon disait au paresseux : Vade ad formicam. Dirons-nous donc au savant : Vade ad asinum ?

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