‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 160 sur 259 · QUAND-POUR-PHILIS · texte numérisé non relu

QUAND-POUR-PHILIS

Parpaille no figure sous ce nom, ui sous le nom de Perrin , dans aucune des deux Biographies , soit de Miehaud, soit de Furne.

C'est bien pis encore quand une locution est née d'un petit événement de société, d'une anecdote de salon , d'une mode passagère. Essayez un peu de comprendre la strophe suivante de Scarron :

A celte heure de tous costés Arrivent ici des beautés Qui n'y viennent qu'à la nuit sombre; A ceste heure quand pour Philis Poudrez, frisez, luisans, polis, Les appelans soleils à l'ombre.

Leur disent fleurettes sans nombre Sur leurs roses et sur leurs lys.

Pour entendre cette strophe , il faut savoir qu'une espèce de romance de Porchères, commentjant par ces mots : Quand pour Philis, jouissait alors d'une vogue extraordinaire. Point de petit-maître qui ne se fît un devoir de savoir ces vers par cœur, et de les roucouler dans les belles assemblées et dans les ruelles galantes. De là était née cette appellation : « un quand-pour- Philis », comme on a dit à une autre époque : un muscadiiiy un incroyable^ à cause de l'habitude où étaient ces beaux fils de s'inonder de musc, et de répéter à tout propos : C'est incroyable ! l'^WanvAnK des Iléaux commence l'historiette de Turcan par celte épigramme :

Tnrcan ne snuroit vivre

S'il ne fait le «oqupl;

A l'une il duuue un livre

El/l l'autre un bouquet;

QUAND-POLR-PHILIS. PUOL . 255

Il dit de belles choses, Ne parle que de roses, Que d'oeillets et de lys:

C'est un quand-pour-Philis !

Scarron me paraît l'inventeur d'un autre substantif composé de la même manière. Il veut parler de ces désœuvrés qui passent leur tems en visites, à s'en aller demander de porte en porte : « Madame est-elle chez elle ? »

Adieu , région courtisée

De tous messieurs les Tainéaus,

Les madame-est-elle-céans ?

Qui vont frappans de porte en porte,

Estendus à la chèvre morte

Dans leurs carrosses de velours.

{^Aàkux aux Marets et à la place Royale.)

^ Prou. — Je ne sais oiî M. De l'Aulnaye a pris que prou était un mot béarnais ( Glossaire de Rabelais). Prou est par apocope de prou fît (profit). Il fait office d'adverbe, comme dans ces mots :

L'uD jura foi de roi , l'autre foi de hibou, Qu'ils ne se goberoient leurs petits peu ni prou...

ou de préposition, comme dans celui-ci :

J'ai prou de ma frayeur en cette conjoncture !

L'antique Civilité puérile et honnête apprenait aux enfans à dire , après les grâces , à leurs père et mère , prou face, c'est-à-dire bon prou, bon profit vous fasse

25Ô l'UOL. I)K l'aI'OCUI'K.

co repas. Les Italiens disent pareillement en manière de souhait : Buon pro vi faccia, ou de question : A che pro ? A quel profit, à quoi bon ? pî'o chez eux est aussi l'apocope de pro/itto , mais ils ne le font pas adverbe, ni préposition, comme nous.

Cette apocope, dont se servaient encore La Fontaine et Molière, remonte jusqu'à saint Bernard, c'esl-à-dire à la première moitié du xii' siècle. Le saint, dans un de ses sermons, parlant de la pureté de cœur et du désintéressement qui doivent caractériser un prélat : « K'il en l'onor ou Deus l'at mis ne quiere son propre y> protit, mais ke le plaisir de Deu. » (Page 509, à la suite du Livre des Rois.)

1 Puisque l'occasion se présente de parler de l'apocope, je ferai remarquer que cette figure de mois est particulièrement familière aux enfans et aux jeunes idiomes. Les enfans ne peuvent souffrir ce qui fait obstacle à l'impatience de leur pensée. Voyez ces écoliers jouant aux billes; ils ne disent pas : — Je reliens le premier tour; — et moi, le second ; — et moi, le troisième. Ils s'écrient : Pre .'... Se !... Tre ! Premier, second, troisième, étaient encore trop longs, mais sur pre, se, tre, il n'y a pas de réduction possible.

On dit en proverbe qu'il n'y a qu'un mot qui serve , et dans le mol il n'y a qu'une syllabe qui serve : celle qui |)orte le coup de l'accent Ionique ; le reste disparnit et sert à fornier ce gazouillement confus dont l'utilité

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