CHAPITRE PREMIER
DE l'ÉTYMOLOGIE.
Du Cange et Henri Eslienne. — Trompe, tromper, se tromper. — Queuï, gueuse. — Guimbarde, falbala. — Ménage étymologiste. — M. Nodier.
Je manque ici de propos délibéré une belle occasion de paraître savant. Sur l'étymologie, son importance, ses diflicullés et ses dangers, je pourrais produire les opinions de l'antiquité et du moyen âge, et faire défiler, la citation à la bouche, Cicéron, Varron, Quintilien, Platon, saint Augustin, Théodoret, Philon, Scaliger, et Jean de Sarisbery. Toute cette érudition ne me coûterait que la peine de la ramasser dans le 73' chapitre de la préface du Glossaire de Du Cange. Qui est-ce qui lit aujourd'hui cette préface écrite en latin hérissé de grec? Je ne dirai pas vel duo vel nemo, je dis hardiment personne; par conséquent ma fraude serait assurée de rester inconnue et impunie. Je prie l'équitable lecteur de me tenir compte de cette tentation surmontée et de cette mystification que je lui épargne. Ce n'est pas, non, le procédé du premier venu !
2 i>E l'étymologie.
Je me bornerai à présenter les idées de Du Cange luimême sur rélymologie et la manière dont celte science doit être traitée. Dans la belle préface qu'il a mise audevant de son Glossaire : « Quand on veut, dit-il, s'oc- » cuper d'élymologies dans les langues vulgaires, il » faut bien connaître les patois, les façons de parler » delà province; autrement on demande au grec et » à l'hébreu , on va chercher au bout du monde des » origines qui sont à deux pas de nous. » (Page 48, col. 2, édit. Didot.)
Du Cange n'était nullement partisan des étymologies françaises tirées du grec. Voici comme il s'en explique dans le même endroit ; « Pour les langues modernes, » filles du latin, quand on recherche leurs étymolo- » gies , il faut bien se garder d'y faire intervenir le j» grec, à moins que ces mots grecs n'aient commencé » par traverser le latin , car nulle part le grec n'est » passé dans l'idiome vulgaire, mais seulement le latin, » et encore le latin corrompu ; d'où l'opinion accré- » ditée qu'il faut être très circonspect à dériver les » mots de la bonne latinité directement et immédia- » tement. »
Et, dans un troisième passage : « Je ne m'arrête pas » aux systèmes de ceux qui veulent à toute force faire » sortir du grec nos langues modernes, comme ont fait, » poin- la France, Joachini Périon et Henri Kslienne; » pour l'Italie, Morosiui^ Matute et AIdrcle, pour l'Es- » pagne ; Élienrje Skynner, pour l'anglais ; lesquels ont » dressé des catalogues des mois qu'ils souliennent