‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 18 sur 259 · DU CANGE ET HE^K1 ESTIENNE · texte numérisé non relu

DU CANGE ET HE^K1 ESTIENNE

» tirés du grec. Ils sont aussi raisonnables que ceux. » qui dérivent toutes les langues modernes de l'hé- » breu ! » i^Page 12.)

Enfin au mot Persls : « Je sais qu'on le fait venir » du grec , mais au diable ces étymologies grecques B dans nos langues modernes ! » {Sed valeant originationes istœ grœcissantes m vernaculis nostris ! )

Comme j'ai suivi, dans mes recherches, les mêmes principes, je suis bien aise de me couvrir de l'autorité de ce grand homme, et de l'opposer à ceux qui veulent faire d Henri Estienne un éminent philologue en français. Ces messieurs croient avoir tout dit quand ils ont nommé Henri Estieiine ; Henri Estienne est leur oracle ! Le fait est qu'Henri Estienne n'y entendait que fort peu de chose, ou plutôt n'y entendait rien du tout, aveuglé qu'il était par sa manie de grec. C'est un des guides les plus trompeurs qu'il soit possible de suivre.

Laissant donc de côté Henri Estienne et son école, je me suis dirigé d'après les opinions de Du Cange, et, autant que je l'ai pu, j'ai mis ses conseils en pratique. J'ai demandé quelques lumières sur l'histoire de notre langue au français du peuple , au vieux français, au latin, surtout au latin dégénéré du moyen âge, en ni'aidant par -ci par -là de quelques bribes d'italien, d'allemand, d'espagnol et d'anglais ; mais pour le grec, l'hébreu, le celtique, il n'en est guères plus question chez moi que des langues de la mer du Sud. J'ai soigneusement écarté l'érudition, car je n'applique pas ce nom

h DE L ETYMOLOGIE.

pompeux aux connaissances qui doivent composer le bagage de tout homme ayant fait des études et vécu jusqu'à cinquante ans. Aussi ai-je la confiance qu'il n'est personne qui ne puisse me suivre et apprécier directement l'erreur ou la vérité de mes propositions ; c'est peut-être le seul côté neuf de ce livre. S'il n'est pas bon, d'autres, en prenant le môme point de départ, pourront le refaire et l'exécuter mieux.

J'aurai du moins Thonneur de Tavoir entrepris.

Maintenant parlons un peu des difficultés de la matière.

Mille pièges sont tendus incessamment sous les pas des clierclicurs d'élymologies. Un des plus perfides consiste dans la forme des locutions que l'on croitancienne lorsqu'elle est altérée de la forme primitive et originelle. On prend avec confiance une erreur pour point de départ, et après bien du travail, on ne peut arriver qu'à une erreur. Un exemple rendra la chose plus sensible.

Jusqu'au milieu duxviii" siècle, le petit instrument, ou plutôt le joujou que nous appelons aujourd'hui une guimbarde , s'est appelé une trompe. C était son nom au xiv° siècle. « Le supliant prist dans le pennier dudit » mercier une trompe qu'il donna à Jehannot Garinot, » et quatre autres frnmjtes de deux tournois la pièce » fpi'il dépeça. » (Lettres de 7-emiss. de 1397.) Tous les dictionnaires disent trompe^ trompe de Béarn, trompe à laquais; en italien, //w/iàrt; en espagnol, trompa de Paris.

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