‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 174 sur 259 · MOUTONNIER · texte numérisé non relu

MOUTONNIER

Fontaine, qu'il l'avait rimé pour servir de prologue au conte de l'Abbesse malade, qui débute par ce vers :

L'exemple sert, l'exemple nuit aussi.

Les moutons de Panurge arrivaient là tout naturellement. La Fontaine, on ne sait pour quel motif, a supprimé cette partie du conte de l'Abbesse (1). Il y avait transporté l'expression littérale de Rabelais :

Qu'uD seul moulOQ se jetle à la rivière. Vous ne verrez nulle âuxe moutonnière Rester au bord : toutes feront le saut.

M. Nodier, qui avait sans cesse à la boucbe le nom de Rabelais, qui affectait de reproduire le style et la manière de Rabelais, d'être enfin un Rabelais égaré dans le xix* siècle, M. Nodier n'aurait pas dû ignorer que l'adjectif moutonnier se trouvait plusieurs fois dans ce huitième chapitre, l'un des plus célèbres de Pantagruel. Loin d'en être l'inventeur, La Fontaine pouvait l'avoir pris dans deux ouvrages différens (2) , car il lisait aussi Merlin Coccaie , témoin ce début de la fable du Bat et la Grenouille :

(1) On la trouvera à la suite de VAbbesse malade, dans la petite édition imprimée par Jules Didol (t. Il, p. HW Je ne sais pourquoi ce rragnicnt n'a pas été reproduit dans l'iMilion du Panthéon littéraire, l'une et l'autre ayant reçu les soin;! de M. Walckonat'r.

(2) Et encore dans Villon :

Et ù ce muloitru Chan§eoo , Moutonnier, qui tieul en prorèi.

Je luUsc liuit c>'Up« d'etcourieoii.

{Petit Test«menl.)

Page 1