LE RIEUR ET LES POISSONS
Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autruy Qui souvent s'engeigne soi-même (1).
La Fontaine ne devait pas lire Folengo dans le texte original, car le bonhomme était paresseux, et ce texte est assez difficile à comprendre, le fond n'étant pas l'italien pur, mais un dialecte qui a nécessité l'addition d'un vocabulaire manlouan-toscan-latin. Au surplus, la traduction anonyme dtis Macaroîiées était si répandue au xvn« siècle, que même aujourd'hui les exemplaires n'en sont pas très-rares. Le nom de Rabelais inscrit dans le titre de l'ouvrage lui servit de passeport (2). La Fontaine, qui faisait son ordinaire de Pantagruel ei de Gargantua, très-certainement ne négligea point Merlin Coccaie , annoncé comme « prototype de Rabelais ». Il en rapporta encore la fable intitulée /e Bieur et les Poissons. Je mettrai ici cette historiette comme échantillon de la manière de Folengo et du style de son traducteur.
« Ung certain povre homme, qui estoit en ce navire, » esmeu de pitié, apporta je ne sçais quels petits pois- » soîis enveloppez en du papier, et les donna à Boccal, » lequel ne refusa aucunement ce présent... » (On avait servi sur la table de Cingar un magnifique turbot
(I) ViJimus expert! quod qaisquis fdllere cercat,
Dccei>luin iiindem se cfriiil lemporo quoquo.
{Hacnr., X, p. 228 de l'eMiliun de Venise, i;*l.)
(2) Hiitoire macaronkjue de Merlin Coccaie, prototype de Rabelais. Paris, Toussaincls-Dubray, 1606, 2 vol. in- 12. C'esl par erreur que la Biographie Michaud indique 4 volumes.