‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 19 sur 259 · TROMPE, SE TROMPER · texte numérisé non relu

TROMPE, SE TROMPER

« Trompe, dit Furelière, est aussi un petit inslru- » ment de leton ou d'acier dont se servent les laquais » pour en tirer quelque harmonie. » Ainsi parle l'édition de 1690, et elle ne connaît pas le mot rjiiwibarde ,(\nQ l'Académie admet, pour la première fois, en 1835.

De cette trompe était née la métaphore se tromper de quelqu'un, s'en amuser, s'en faire un jouet. « Lors

» iceluy Robert, en disant tu te trompes de moi »

{Lettres de rétniss. de 1388.) « Iceluy suppliant veant » que ladite femme se trompoit et moquoit de luy. » [Autres de 1390.)

Trompeur est celui qui joue de la trompe ; au figuré, qui se joue de quelqu'un : « L'official voyant que c'es- » toit ung vrai trompeur, et qu'il se trompoit de Imj..,^ (9â' des Cent Nouvelles.)

Mais déjà, dans les Cent Nouvelles, on voit paraître à côté delà forme réfléchie 5e tromper de quelqu'un, la forme active tromper quelqu'un, qui en est une altération et qui a fini par supplanter l'autre : « Elle se cuide » tromper de nous, mais il la fault nous mesmes troîn- D per ! » (33" nouvelle.)

Le xv" siècle disait donc se tromper de quelqu'un et tromper quelqu'wi, comme nous disons au xix,*, se jouer de quelqu'un ci jouer quelqu'un.

Un membre de l'Académie des inscriptions veut rechercher l'origine du verbe tromper. Il ne sait pas qu'on a commencé par dire se tromper de; il ne le sait pas ou il ne s'en souvient pas (car sa mémoire lui a fait souvent défaut pour des choses qu'il a écrites lui-même). I. 1.

6 DE l'ÉTYMOLOGIE.

Il voit bien que tromper vient de trompe^ mais il croit que c'est la trompe de chasse, et aussitôt il l'affirme. La difficulté était d'indiquer le trait d'union entre le sens littéral et le sens figuré. M. P. Paris en est réduit à dire que la bouche sert également pour jouer de la trompe de chasse et pour mentir. M. Paris oublie qu'on peut mentir sans parler, et qu'on trompe bien souvent à l'aide du silence.

Mettons encore un exemple de ces étymologies fondées sur une ignorance de la vraie forme du mot.

H est généralement admis que la gueuse des forgerons vient de l'allemand giesseti, gegossen, fondre, fondu; en effet, la gueuse est ce morceau de métal figuré comme une brique qui sort de la première fonte. Ainsi tout s'y accorde parfaitement, et le sens du mot, et son extérieur.

Par malheur, gueuse est une forme moderne, une forme altérée ; l'ancien mot, la forme primitive, est queux, qui ne ressemble plus à giessen. Aristote dit que « les cueux de plomb se fondent et coulent de froid et » de la rigueur de l'hiver comme d'imo rhalciir véhé- » mente.» (Montaigne, I, 5A.)

Je n'hésite pas à rapporter queua: à eus, cutis, dont il reste la queux à aiguiser les couteaux, rasoirs, etc.

Fungar vice cotis, aculura llcddere qua; rerruni valet, cisors ipsa sccandi. (Horace.)

« Je ferai le rôle de la que//./, (|ui aiguise le fer, incapable découper clle-ménit.'. )-

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