‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 180 sur 259 · VÉGÉTAUX INJURIEUX · texte numérisé non relu

VÉGÉTAUX INJURIEUX

L'opinion de ce tems-là était qu'une dme droite ne saurait loger dans un corps contrefait :

Cbe Don ë in corpo storto animo drilto.

Ce qu'un poëte macaronique italien a rendu par ces

deux vers :

Nulla fides gobbis, et noli credere zoppis; Si rsecus bonus est, inter miracula scribe.

« Méfiez- vous toujours des bossus ; ne vous fiez jamais aux boileux, et si vous trouvez un aveugle honnête homme, comptez le fait parmi les miracles. »

Tartufo est l'abrégé de tartufido , une truffe, que l'on considérait comme une pourriture, un excrément delà terre. Chez les Latins le champignon [fungits) servait à la même métaphore méprisante :

Tanti est quanti fungus putidus.

(Pladte, Bacchid., IV, 7, 23.)

«J'en fais autant de casque d'un champignon pourri ! »

Un homme reconnaissant qu'il s'est laissé duper,

s'écrie :

Adeon' me fuisse fungum ut qui illi crederem ?

(Plaute, Bacchid., II, 3, 49.)

Cela se traduirait à la place Maubert : « Suis-je assez cornichon de lui avoir ajouté foi ! »

On voit conuuenl le caractère, les mœurs de Batislone et cette épithèto de mal tartufo, méchante truffe, ont conduit Molière à choisir pour son imposteur le nom de Tartufe.

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