QUEUX , GUEUSE
Ce morceau de métal fondu, dont la forme en carré iong rappelle celle de la pierre à repasser, a été nommé queux par catachrèse, comme nous dirions une hrique de plomb, une brique d'argent; comme on dit une meule de fromage, un pain de savon , et nullement par allusion à la fonte du métal.
Palsgrave (page 166) , signale trois mots terminés par X qui sont féminins exceptionnellement : la toux^ la chaux et une queux.
Aussi l'Anglais Cotgrave écrit-il avec la terminaison féminine une queuse, qui, par une prononciation adoucie (second, second), est devenue une gueuse. Et puis sont arrivés les érudits avec le verbe allemand giessen et son participe gegossen.Q}\o\ de plus vraisemblable? mais pour vrai, oh! c'est autre chose.
L'o du mot latin se changeait volontiers en eu français : cor, cœur ; mores, mœurs ; possum , je peux ; morior, je meurs; ovum, œuf; cos^ queux.
^ Il court par le monde un certain nombre de ces étymologies fausses, lesquelles se présentent avec un air d'assurance et de bonne foi dont il est difficile de n'être pas dupe. J'en voyais l'autre jour passer une qui traversait superbement les colonnes de la Presse, en arrivant de Belgique. C'est pour mettre les bonnes âmes en garde contre ces aventurières que j'arrête celle-ci au passage.
M. Jobard, directeur du Musée de Bruxelles, a présenté à la Société d'encouragement de cette ville un
8 DE l'étymologie.
petit instrument de caoutchouc dont il est Tinvcnleur, et que l'on dit fort ingénieux. Sur le nom de son père, je le crois sans peine. Ce n'est pas là qu'est la fausse étymologie, c'est dans la phrase suivante : « Un mem- » bre de la Société propose d'appeler cet instrument » jobarde, comme on a nommé (/uimbardc la petite » lyre de fer inventée par le conseiller aulique Guim- » bard, de Nuremberg. » {La Presse, 19 mai 1855.)
Quel aplomb! Le rédacteur de cet article aurait connu personnellement le conseiller Guimbard, il l'aurait vu de ses yeux inventer k guimbarde k Nuremberg, qu'il ne serait pas plus sûr de son fait. J'ai vainement cherché de tous côtés des nouvelles du conseiller Guimbard; on a oublié de nous marquer en quel tems il vivait, mais c'était nécessairement avant 1397, puisqu'à cette date la trompe est mentionnée dans un acte en français. II reste à savoir par qui la guimbarde a pu (Mre baptisée de ce nom à Nuremberg ; ce n'est pus du moins par les Allemands, car ils l'appellent J/f/;////-«mmel ou Brummen-eisen, deux mots qui ne riment guères à guimbarde. Il n'en est que plus éloiinant de voir, au xiv* siècle, un Français conseiller aulique eu Allemagne, et un mot parisien créé à Nuremberg.
C'est pourtant sur la foi de cette origine et de cetlc analogie que Tinslrument de M. Jobard s'appelle peut- Ctre à l'heure (|u'il est um- Jobarde ! Ma foi, c'est une belle chose que l'érudilion, mais l'assurance en est une bien plus helle encore! L'érudilion ne donne pas d'assurance, au contraire ; et l'assuraiire rcinulace l'érudi-