‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 192 sur 259 · MOLIÈRE, TABARIN ET LIPPI · texte numérisé non relu

MOLIÈRE, TABARIN ET LIPPI

canevas bouffons, tels (\ue]a Jalousie du Barbouillé, le Grand benêt de fils, il n'avait pas remarqué celte belle farce tabarinique ; il fallait, pour qu'il en fût frappé, qu'il approchât de la cinquantaine et qu'il eût passé par les enfantemens les plus sublimes de son génie. C'est alors que Molière aurait appelé Tabarin à son aide. En 1671, il y avait sans doute longtcms que Tabarin était descendu de son tréteau, à moins de supposer qu'il ait joué et rejoué la même farce pendant plus de cinquante ans. C'est donc dans le recueil imprimé do Tabarin que Molière serait allé chercher la scène du sac, qui, notez aussi ce point, était un lieu commun de carrefour, à l'usage de tous les saltimbanques deFranco et d'Italie. Chacun son goût : pour moi. J'aime mieux croire que Molière, qui lisait alors le Malmantile , a emprunté chez Lippi plutôt que chez Tabarin. Il avait lu et probablement vu jouer la scène de Tabarin, et n'en avait rapporté que du dégoût ; mais quand il retrouva la même scène traitée de main de maître dans le Malmantile , je conçois que sa verve se soit allumée au contact de celle de Lippi, et qu'il se soit piqué d'émula lion.

Les commentateurs, en général, ne sont que les échos du premier qui a parlé. Ils ne se donnent pas la peine de vérifier ce qu'ils répèlent, et sautent les uns après les autres, en vrais moutons de Panurge. Il s'en est trouvé un pour dire que la scène du sac était un emprunt fait à Tabarin : il sulïit; on aime mieux le cruire que d'y aller voir. Boileau d'ailleurs n'a-t-il pas I. -26.

306 BOILKAU CRITIOUE DE MOLIÈRE.

reproché à Molière d'avoir « quitté pour le bouffon l'agréable elle fin, et sans honte allié Térence à Tabarin ?» On prend cela pour une confirmation du commentaire : Boileau, dans ce passage, avait en vue la scène du sac dos Fourberies. Non; l'idée de Boileau est plus générale, et le nom de Tabarin est mis là pour représenter la farce basse et grossière, par opposition à la comédie élégante et châtiée de Térence. Par exemple, la scène des lavemens dans Monsieur de Pourceaugnac, celle oii le petit comte d'Escarbagnas récite son Despautère devant la société de sa mère , sont encore bien autrement tabariniqiies , dans le sens où l'entendait Boileau, que la scène des Fourberies de Scapin. Le vers de Y Art poétique ne doit donc pas être invoqué à l'appui de l'origine prétendue de la scène du sac. C'est, après avoir fait tort à Molière, faire un contresens dans Boileau.

ANTIDILUTIEN, ANTÉDILUVIEN. â07

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