‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 195 sur 259 · E LATIN CHANGÉ EN I FRANÇAIS · texte numérisé non relu

E LATIN CHANGÉ EN I FRANÇAIS

avaietil fait (J'imprimere , empreindre; ils en firent imprimer; — (I'illlminare , enluminer; ils en firent illuminer. Par cette réforme infidèle à la tradition , encliner devint incliner, mais nous gardons enclin ;— frire, de fremere, devint /m«/>, mais nous gardons frisson;— engin. engigner,engigneux, sont à présent ingénieur, ingénieux ; — esierper, seule forme employée dans les Rois , est aujourd'hui extirper, parce que le latin ditEXTiRPARE avec un i. La contre-partie de celle règle avait fait de recula, neblla, riule, niule; nous avons rétabli la vovelle latine dans règle et nébuleux. Aujourd'hui, grâce à ce tripotage, parmi les mots d'une môme famille, les uns sont de première création, les autres de seconde, et diffèrent ainsi de physionomie précisément dans le trait essentiel qu'ils devraient avoir identique. Tels sont entendre et intention; — inviter et À l'envi; — enfreindre et infraction; etc.

Ceci posé, on comprendra que l'adverbe latin antè a dû passer chez nous sous la forme ayiti, et c'est ainsi qu'il existe en effet dans antichambre, anticiper, antidater. Les partisans (ï antédiluvien devraient, pour être conséquens , dire aussi une antéchambre , antéciper et antédater.

Le mot antéchrist vient confirmer ma règle par l'application de la réciproque. Ici, c'est bien la racine grecque anti, contre. Mais les Latins, ceux de la dernière époque, bien entendu, en avaient déjà fait le mot antichristus, qui se trouve dans les Pères. Et c'est justement pourquoi les Français, en prenant ce mol du

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latin , le traduisirent par antéchrist , et non antichrist.

La conséquence sort d'elle-même :

Antéchrist signifie âvxi Xpi^ov, celui qui est contre le Christ ; antédiluvien signifiera de môme contre le déluge. Ainsi la vérité grammaticale, étymologique, se trouve dans le renversement de la proposition de ces messieurs : anté, dans la composition d'un mot français, représente le grec anti; et anti, dans les mômes conditions, représente le latin antè.

Antédiluvien est le non-sens ; antidiluvien est l'expression légitime. Voilà où les principes conduisent nécessairement, les principes de la tradition.

On ne saurait trop répéter que notre langue primitive n'a rien tiré du grec directement : l'élément grec ne lui est arrivé qu'à travers le latin. Au contraire, la langue créée par la renaissance et depuis, est toute bariolée de ces bribes de grec. Antidote , antipodes, antimoine, antipathie, etc., sont modernes ; la science en a besoin. Soit! c'est à merveilles; prenons-les : je ne m'oppose pas au progrès. Mais ces tard-venus ne doivent point prévaloir contre leurs aînés , et par un effet rétroactif renverser une des lois constitutives de notre langage. Tout se réduit à savoir distinguer dans quel cas la racine anti vient du latin, et dans quel cas elle vient du grec. Ce n'est pos un problème bien dillicile ! N'allons pas, faute d'une distinction aussi simple, jeter la confusion dans nos origines et nj)pliquer deux métbodes contraires dans des cas semblables. Prescrire

ÉVÊQLE DES CHAMPS. 314

antédiluvien en même tems qu'on dit antichambre el antidater, cela ne se peut faire qu'au mépris de ia logique et de la tradition, el à la honte de nos grammairiens, soit en dedans, soit en dehors de l'Académie.

\ ÉvÉQUE DES CHAMPS. — On lit daus la Satire Ménippée cette épigramme sur le célèbre fanatique Boucher, curé de Saint-Benoit, surnommé le j-oi de la Ligue :

AU PBESCBEUB BOCCHEB.

Flambeau de la guerre civile Et porte-enseigne des meKhaos, Si lu n'es évesque de ville , Tu seras évesque des champs.

M. Ch.Labitle, qui a donné l'édition Charpentier de la Satire Ménippée avec des notes où il résume et complète tous les commentateurs, met ici : « Boucher » avait sollicité cinq ou six évêchés, et tout ce qu'il > avait pu faire avait été d'obtenir, après bien du tems, » une pension sur le petit évéché de Fréjus , et enfin » une autre sur celui de Beauvais. » (Page 251.)

Cette phrase, extraite du pamphlet intitulé : Dialogue d'entre le maheustre et le manant, n'explique pas l'expression évêque des champs , à moins qu'on ne veuille dire que c'est une allusion à la pension de Boucher sur les évêchés de Fréjus et de Beauvais : évêque des champs, comme on disait évêque portatif, c'est à-dire évêque in partibus, évêque sans évêché. Et telle parait efléctivement avoir été la pensée de l'éditeur, aulre-

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