ÉVÉQUE DES CHAMPS
mont la citation n'a pas de sens. En ce cas, le trait final de ré|)igrainme serait à la fois obscur et sans vigueur. Ce n'est pas cela.
Le peuple appelait dérisoirement évèqtie des champs un pendu, par allusion d'abord au bonnet qu'on lui rabal sur la figure, et qui représente alors la mitre; ensuite, aux mouvemens convulsifsdes jambes du supplicié. L'usage a été longtems de dresser la potence en pleine campagne, afin que la foule put assister plus commodément à l'exécution. Les fameuses fourches de Montfiuicon étaient hors de Paris ; de là cette façon de parler populaire : « Evoque des champs, qui donne la bénédiction avec les pieds. » Le sens de l'épigramrae est donc : Si tu ne parviens pas à être évêque, en revanche tu seras [)endu (1).
Dans le roman des Quatre fils Aijmon ., Richard, le plus jeune des quatre frères, est fait prisonnier par Uoland, qui le livre à Charlemagne. Charlemagne veut faire pendre Hichard à Montfaucon; mais les douze pairs successivement, et tous les seigneurs de la cour après eux, refusent leur ministère. L'empereur en est léduit à un certain Uipus, qui, par suite d'une haine particulière , est enchanté de se faire l'exécuteur des vengeances du maître. 11 faut dire (jue, dans cet ouvrage inspiré parla féodalité contre la monarchie, la noblesse
(I) La prc'diclioii iic fui |).is .icfoinplip : Boucher, rcliro en Flandre, après la dt^failedc la lj;;iie et le (riuni|)l)e d'Henri IV, inonrut paiitiblenienl, pourvu d'un bon canonieat, k Tournai, Agi' de quntrr-vingl- •cizc ans, rinquoiite-rinq aut après l'entrée d'Henri IV à Paris.
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a le beau rôle , el Charlemagne au contraire joue un rôle odieux et avili.
Voilà donc maître Ripus au pied du gibet avec sa viclime; voilà Richard confessé, la corde au cou et faisant sa prière suprême au pied de réchelle. Tout à coup les trois autres frères fondent sur le groupe, dispersent ceux qu'ils ne massacrent pas : Richard est délivré , et Ripus accroché à la potence en son lieu et place. Les quatre fils Aymon retournent gaillards à Montauban , où leur cousin Oger le Danois les attendait, Oger qui avait repoussé avec mépris et indignation la prière que lui faisait Charles d'être le boinreau de Richard, œ Oger fut fort joyeux de le voir, et lui de- » manda ce qu'il avait fait de Ripus. — Ma foi, cousin, j> mon frère l'a fait évêqite des champs, et n'a pas voulu » que personne y mît la main que lui. » (Chap. 20, p. 58 de l'édition de Pellerin.)
On observera que cette expression ne se trouve point dans le texte en vers d'Huon de Villeneuve, dont Fauchet, s'appuyant sur les noms historiques qui s'y trouvent, place la rédaction en 1200. Voici le passage :
Qa'as-lu Tait de Rispeus, li maleoit (maudil) glouton? Pandus est, dist Richart, au puy de MoDtfaucoD ; Ne r laissa Regoaul pendre nul bomme se lui non.
J'ai recherché ce passage dans la version en prose du \v* siècle, contenue au superbe manuscrit de l'Arsenal, qui fut exécuté, selon toute apparence, pour le duc de BoiH'gogne Philippe le Bon. L'expression moqueuse (Xévèque des c/iamjjs ue s'y trouve pas : l'auteur se sert I. • 27