‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 199 sur 259 · BOISER-, TROMPER. TIRER UNE CAROTTE · texte numérisé non relu

BOISER-, TROMPER. TIRER UNE CAROTTE

» bucca et buccator, charlatan. L'analogie de cette ori- » gine avec celle de tromper y trompeur, est évidente et » curieuse. » {Berte mis c/rmis pies, p. 88.)

Après une longue recherche de cette évidence et de cette analogie, je n'en ai pas découvert d'autre, sinon qu'on ment avec la bouche, et qu'on joue de la trompette aussi avec la bouche. Cela semble , au premier coup d'oeil, un peu subtil et puéril.

Buccator, charlatan , qui vient si à propos soutenir l'étyniologie proposée, a été totalement inconnu à Du Gange et à ses continuateurs. Le mot buccator ne se trouve même pas dans le Glossaire. Quand on fait de ces découvertes-là, il faut citer les textes, autrement on encourt le soupçon d'avoir joué de la trompette aux lecteurs bénins.

T C'est un fait assez curieux qu'une autre locution du français populaire , analogue à dojiner dans la bosse, se retrouve également dans l'italien : c'est tirer une carotte. Seulement les Italiens disent planter une carotte, piantar ou ficcar carota. Dans \ Enéide travestie de Lalli, Enée , arrivant chez Didon, reconnaît au premier coup d'œil qu'il est sur un excellent terrain pour la culture des carottes :

ErU, chc bcn cooobbe al primo iratlo

Cb'era in uo campo da piantar carote

(Lalu, II, it. 21.)

et celle réflexion le dirige dans le récit de ses aventures.

TIBER UNE CAROTTE. 319

Le sixième chant du Malmantile est célèbre pour une description de l'enfer pleine de verve bouffonne. Parmi les damnés que le poète passe en revue, se trouve un maquignon {un sensale), auquel, en punition de ses mensonges, on a arraché la langue et les dents; et, attendu que la nature a horreur du vide, on les a remplacées par des carottes : c'est le châtiment de toutes celles qu'il a plantées (ou tirées) durant sa vie :

Gli hanno a misterio in quelle stanze vote Ck)mposto demi e lingue di carote.

(Lippi, VI, st. 68.)

L'origine de cette façon de parler. ditMinucci, c'est que dans un sol meuble et doux, image de la crédulité, la carotte acquiert un développement admirable. L'expression italienne s'arrête à l'intention du semeur de carottes ; le français considère le procédé qui les récolte. L'expression française a bien l'air d'un emprunt perfectionné , et d'autant que la semaille précède la récolte. Cette métaphore potagère pourrait bien avoir été rapportée d'Italie par nos soldats.

Il ne faut pas quitter le mot bosse sans avoir dit un mot du sens propre, et montré le rapport étymologique avec le sens figuré. C'est toujours la racine allemande bas. Dans le latin du moyen âge, bossa , bossia désignait un bubon pestilentiel qui se manifestait à l'aine ou aux aisselles. C'est par là que se déclarait l'invasion de cette horrible peste noire du xiV siècle. « Bossa,

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