PREFACE. VII
milieu, à la fin ; le prendre, le laisser là, le reprendre, et toujours avoir sous la main quelque chose de complet en soi.
Cette facilité, cette liberté me semble un attrait. La matière en a si peu, et nos contemporains ont si peu de tems aussi ! Voyez les romans, qui sont la lecture la plus attrayante ; on est obligé de les leur servir découpés en feuilletons ! Et je viendrais leur demander de lire tout d'une haleine, quoi? delà grammaire ! delà philologie ! Il y aurait de la fatuité à le tenter seulement.
Ensuite quel enchaînement naturel trouver à des observations de ce genre? L'esprit le plus ingénieux de l'antiquité et le plus fécond en ressources, Ovide, n'a pu lier ses Métamorphoses que par un fil si ténu qu'à chaque instant il menace de se rompre. Et moi, ayant à raconter les métamorphoses des mots, je me serais flatté d'inventer pour les unir un lien solide et point artificiel? On m'avait bien proposé un classement par tropes et figures de mots : j'aurais fait un chapitre de la catachrèse, un autre de l'épenthêse, un troisième de la paragoge ; puis auraient défilé la crase, la métalepse, la paronymie, etc. :
Grands mois que Pradon croit des termes de chimie.
C'était bien séduisant! pourtant j'ai résisté : le désordre m'a semblé préférable à cet ordre.
Que si l'on veut bien se contenter de l'ordre alphabétique, des tables de mots très-amples, très-détaillées, placées à la fin de chaque volume, y satisferont, et