HARCELER
barbiM'isme estropie sans doute de sardazéin ^ qui
signifie rire sardoniquement, rire d^un ris forcé. Pé-
riôn (4), autre fanatique de grec, irivoî]ue hercazéin,
calomnier, que vous chercheriez eh vain dans l'ex-^
relient dictionnaire de 31. Alexandre, et qui, d'après
sa racine hercos^ ne pourrait Signifier que mettre eiï
jjrison ; c'est un peu plus que harceler. — Que vous
dirai-je ? le désespoir de cette étymologie en a porté
quelques-uns jusqu'au latin ii^a^ et même jusqu'au
français haïr. Ces derniers", méritent vraiment qu'on
les plaigne : ils devaient être bien las d'avoir battu les
lexiques grecs, latins et barbares pour se replier sur le
Dictionnaire français! Quelle extrémité! Et ils étaient
dans le vrai sans s'en douter : la racine de harceler
est dans le Dictionnaire français, non pas à la vérité
dans celui de l'Académie, mais dans le vocabulaire du
vieux français, de ce français qui subsiste encore par
lambeaux au fond de certaines provinces et dans le
langage du peuple.
Harceler vient tout simplement de harcelle.
Mais qu'est-ce que harcellel C'est une baguette d'osier, par extension toute baguette pliante et souple
(1) Bénédictin mort en 1559, qui soutint Âristote contre Ramus. Il a écrit (en latin) quatre livres de Dialogues sur l'origine de la langue française et son affinité avec le grec (1555, in-S";. La Mounoye, dans ses notes sur La Croix du Maine, déclare cet ouvrage un des plus mauvais qui aient paru sous Henri 11. Périon voit tout le français dans le grec, qu'un fils de Japhet, Samotliès, apporta dans les Gaules. Heuri Éslienne a repris en sous-œuvre l'idée de Périon , en élaguant les absurdités et principalement le fils de Japhet.
332 HAHCELLE, HARCELER.
dont on peut agacer, taquiner, provoquer quelqu'un sans lui faire du mal, en un mot le harceler.
Lorsque , par suite de la querelle de Renaud de iMontauban avec Charlemagne , les quatre fils Aymon se virent contraints de fuir leur château de Dordonne et de se cacher au fond des Ardennes , ils n'avaient, comme vous savez, d'autre monture pour eux quatre que le bon cheval Bayard. Tout l'univers les a vus moulés sur Bayard, sortant des magasins de Pellerin, à Epinal, ou de Deckherr, à Montbclliard ; mais ce (ju'on ne sait pas généralement, c'est qu'ils étaient si pauvres, si pauvres, qu'ils avaient été réduits à se faire des étriers de baguettes coupées dans la forêt :
Tout entour Bayart furent li chevalier vaillant: Des harcelés du bois vont les estricrs faisant, Puissent montés dessus ; Rcnaut esloit devant. Amis, neveislos gens de si pauvre semblant (I)!
{Les quatre fils Aymon, v. 437, ap. Bckker.)
« Le supliant a mal prins certaines gauUes et /lar- » celles que l'on nomme osier. » {Ijittres de rémiss. de UliS.)
(1) L'auteur inconnu de la version en prose des Quatre fUs .It/Hin», faiie au xv* siècle, dont l'abrt^gf' court encore les foires de village, a gâte ce détail de la composition primitive; il donne quatre chevaux, un pour chaque frère. Quelle ah.surdilé ! Il faut citer, car on ne mn croirait pas : — « Ils n'avaient que quatre chevaux : Bayard et trois autres. >< [Hist. des quatre fils Ai/mon , chap. :>, p. 22.) Voilà ce que c'est que la raison! voilà les beaux elTets de la philo^oiihie !
J'ai été bien aise de cette occasion d'Iiumilier la lîiblinihèque bleue ((|iii pourtant n'rsl pas sans mérilej, cl de rétablir par la citolion du texte en ver» la >éiité sur ce point cajiilal du clicval uniiiue des quatre flis Aymon.
HARCELLE, ARCHAL, FIL d'aRÉCHAL. 333
a Laquelle femme s'aproucba près et frapa le supliant » par le visaige d'une waulette (gaulette) ou herchelle. * (Autres lettres delA51.'i
Vous me demanderez à présent d'où vient harcelle? Je pourrais vous renvoyer au bas latin harcia donné par Du Gange , mais je me ferais conscience de m'en tirer par celle défaite, étant bien persuadé que c'est, au contraire, le latin harcia qui a été moulé sur le français harcelle, harchelle ou herchelle.
Je crois que harchel est le même mot que archal : il y a certainement une analogie frappante entre une lige d'osier et un fil d'archal. L'osier peut, en bien des cas, suppléer au fil de laiton, sans compter la couleur jaune qui leur est commune. Je conjecture donc que l'on a été conduit à nommer une baguette d'osier une archal, ou bien une harchelle, par le même trope qui nous fait dire une feuille de zinc ou de carton ; une r/lace pour un miroir ; une lanfjue pour l'idiome d'un peuple. C'est une catacbrèse, passez- moi le mot.
Archal est une forme altérée, pour orchal, et orchal est le latin aurichalcum, cuivre d'or, c'est-à-dire jauni par un mélange. Le vocabulaire de Guillaume Brilon, mort en 1356, dit : t Auricalcum, archaus. » Ici nous toucbons au grec, où je ne veux pas entrer.
Les gens qui prononcent aréchal, fil d'aréchal , cèdent à la répugnance instinctive , et l'on peut dire pliysiologique, de l'organe français pour Tarliculalion de consonnes consécutives : ils inlerralenl une voyelle.
334 haut; iiahdes.
Du Gange, en terminant l'arllcle Harcia, renvoie à Hardes, qui en est le synonyme. Hordes, dont l'origine est inconnue, selon M. Diez {Lexicon eiymologic?/m, 1853), ce sont de petites verges tortillées ensemble de manière à former un lien, réquivalcnt d'une tige d'osier, d'un fil d'archal ou d'une corde. Le français hart^ apocope de harcelle, me paraît avoir créé manifestement ce pluriel hardes. La corde, par métonymie, se prend pour la potence, et la liart pour la coi de :
Coquin, dit-il, lu mérilcs lahart; Fais Ion calcul d'y venir tôt ou lard.
(La Fontaine, le Paysan qui avoil offe^tsé son seigneur.)
Dans le roman de Parise la Duchesse. :
Je te ferai la hart cnlor le col noer,
El pendre as forches et au vent ancroer (1).
« Je te ferai nouer la hart autour du cou, pendre aux » fourches patibulaires, et accrocber en plein vent. »
Le lecteur, qui m'a déjà passé les noms de la calaciirèse et de la métonymie , étendra bien sa complaisance jusqu'à la synecdoque. Cette synecdoque consiste à prendre la partie pour le tout , comme lorsqu'on dit ime voile pour un vaisseau. Hippolyte, disant de son père Thésée :
J'ignore le destin d'une tête si chère...
fait une synecdoque : la tête représente ici les brrts ,
{ I ) \:h n'étail pdiiil aspirée dans hart ( voy . p. 2G^), cl ferai se prononçait monosyllabe, comme ou le vnit ronslnmnirnl écrit dans Ici Hois[frai) cl comme le prononce encore le peuple. Ainsi le preiiiier vers doit éc lire, non pas de douze syllabes, tel nn'il le parait, mais de dix Ja (0 n-ui VUstri eitlour lo cou nouer.
HARDES; FARDEAV; H.^RDER. 3^5
les pieds et le reste. Vous voyez que ces gros mots cachent peu de chose. C'est ainsi que les savans font peur aux enfans et aux honnes gens.
Eh bien, Ui synecdoque va nous découvrir une autre étymologie, celle de fardeau, primitivement hardel , hardeau, à cause de la hart dont le fardeau est lié -, la partie pour le tout : synecdoque.
Et les hardes ne sont autre chose que du linge, des habits, etc., dont on peut faire des paquets. Aussi une armoire, une table, un lit, des chaises, ne sont pas, à proprement parler, des hardes. L'Académie restreint le sens de ce mot à « tout ce qui est de l'usage nécessaire j> et ordinaire pour l'habillement ». le crois ces termes trop rigoureux, et que des draps, des rideaux, des serviettes, sont en bon français des hardes. encore qu'on ne s'en habille pas. L'étymologie autorise à les comprendre dans les hardes.
Le vocabulaire des chasseurs a les mots harder, hardes y hardois; rien n'gst maintenant plus facile que de s'en rendre compte. Harder les chiens, c'est les attacher par groupes avec une hart. Les hardes d'une biche, ce sont les traces, les cjégàts qu'elle a faits en venant brouter les harcelles, les jeunes pousses d'un taillis. Les hardois sont, suivant M. Napoléon Landais, « les petits brins de bois où le cerf touche de sa tète. » Une bonne étymologie est comme le passe-partout, qui ouvre sans la moindre difficulté toutes les portes d'une maison , grandes et petites. Quel service on rendrait à notre langue française de prendre successivement tous
336 DEMANDEU EXCUSE.
les vocabulaires tecliniques, elde les éclaircir an point de vue des origines ! Car ce sont des recueils de termes sacramentels qui se sont transmis intacls de génération en génération. Toute notre histoire est là! L'Académie tendrait un vrai service de provoquer, par le moycMi de ses concours, les recherches des jeunes littérateurs sur ce sujet , en proposant un prix pour l'explicalion du vocabulaire de la jurisprudence, par exemple; puis, l'année suivante, pour le vocabulaire de la chasse; ainsi de suite. Il sortirait de là bien autre chose encore que l'histoire des mots !
^ Demander excuse. — Dans cette excellente farce
du Tableau parlant^ M. Cassandre chante un air de
fureur qui commence :
C'est donc ainsi que l'on m'abuse?
Cœurs faux, cœurs doubles, cœurs ingrats! Mais non, Je toits demande excuse, Non, non, vous ne nie trompiez pas !
Si le Tableau parlant est d'Anseaume , le vers est sans conséquence; mais s'il est, conmie on le prétend, du duc do Mancini-Nivcrnois, membre de l'Académie française, à (|ui le soullleur de la Comédie-Italienne n'aurait l'ait que prcHer son nom, c'est une autre paire de manches, comme disait M. de Bulïbn , descendu des hauteurs de son style solennel dans la conversation privée. Et notre vieil ami Sosie :
, Les paroles sont des sotiiscs
l'arlanl d'un lioninic sans éclat; Ce seroicnt paroles exquises Si c'cloilun grand qui parlAl!
Mônapje, et après lui Bouhours, ont jeté l'interdit sur je vous demande excuse. Ménage : « Je vous demande » excuse ne vaut rien; il faut dire : Je vous demajide î> pardon , et je vous fais excuse. » {Observations, page 115.) Cela est impérieux et laconique. Ménage ici et ailleurs semble avoir pris pour devise le mot du maréchal d'Hocquincourl , qui ravissait tant le bon père Canaye : Point de raison ! Le père Bouhours est beaucoup plus explicite ; entendons-le : « C'est » grand'pitié que cette sotie phrase ait tant de cours » dans le petit peuple, et qu'elle se soit communiquée » par contagion à quelques femmes du monde, qui j> d'ailleurs ont de la politesse et du sens. Les hon- » nesles gens de la cour et toutes les personnes » sçavantes ne les peuvent du tout souffrir. Demander » excuse est un vrai galimathias, qui choque également » et l'usage et la raison... Car enfin il n'y a que X» les bourgeois et la populace qui disent : Je vous » demande excuse l... etc. »
Il faut que le père Bouhours, de la compagnie de Jésus, ait rencontré cette sotte phrase dans quelque auteur janséniste; cela seul peut expliquer le ton passionné et les expressions outrées de sa remarque. Tout beau, mon père! La, la! ne nous fâchons point. 11 y a plaisir à examiner les choses de sang-froid. Cette chaleur subite qui vous est montée au cerveau vous a empêché de voir les contradictions oîi vous vous précipitez. Vous commencez par avouer que celte loculion a pénétré chez quelques femmes du monde, à qui, '. 29
^88 DEMANDER pXCUSE-
j]Qnol)stant cela, vous voulez bien accorder du bon sens p|. ^e la politesse, et vous finissez par déclarer qu'elfe n'est d'usage qui; parmi la populace et les bourgeois. Les bourgeois!... Aii ! fi!... Il n'y a de bon langage qu'à la cour, dont naturellement les jésuites font partie, du moins au point de vue de la langue , puisqu'ils ne sont ni de la populace, ni de ces affreux petits bourgeois.
Cette loculion, dites-vous, choque également l'usage et la raison. Oui, également, c'est le mot. Nous verrons tout à l'heure pour l'usage ; commençons par la raison, qui mérite bien les honneurs du pas. En quoi se frouvet-plle clioquée de/e vous deinande excuse ? Eu ce que « nous ne demandons à un autre, dans les règles de la » grammaire, que ce qu'il peut nous accorder. On dit : » Je VQUS demande pardon y parce que celui à qui l'on » parle peut répondre : Je vous accorde le pardon que » vous me demandez (1). Selon ce principe on ne peut » pas dire : Je vous demande excuse , parce que celuy » à qui je parle ne peut pas me répondre : Je vous j> l'accorde, accorder une excuse estant barbare et ne » signifiant rien en nostre langue. » Fort bien , mon
(1) Notez la finesse du jésuite dans le tour allongé do celle réponse. A ces mots, je vous demande pardon, il ne penl tHrc répondu je rous l'accorde, ce serait un solécisme grossier. I.a conséquence du principe irait donc à proscrire aussi je vous detuande pardon , que Itouliuurs veut garder. Pour le payer en sa monnaie, il n'y a qu'à supposer la demande ainsi tournée : Je vous demande une eicnse dont J'ai grand besoin. Uien n'empêchera de répondre : Je vous l'accorde, cl l'argument du père tombe en ruine.
DEMANOËPi EXCUSE. 339
père; mais ce principe, où est-il écrit? d'où !e lirezvous ? C'est vous qui le forgez tout exprès pour y appuyer la coriclusion arbitraire qu'il vous plaît d'en tirer. Ali ! mon père, cette méthode n'est pas celle qu'enseigne la logique de Port-Royal. Est-ce que les langues n'ont pas leurs inconséquences? est-ce que toutes les fàçbns de parler sont complètes et symétriques comme les lignes dans un plan tracé par lé compas du géomètre? Prétendez-vous rejeter de la nôtre toutes celles qui manquent d'une correspondante indiquée par la logique? En ce cas, préparons-nous à voir un bel abatis (1) !
Cette décision ex cathedra du père Bouhours fit du bruit en son lems, et suscita des réclamations, parmi lesquelles il faut distinguer une lettre, dont l'extrait se trouve dans V Histoire des ouvrages des savans, février 1691. Cette lettre, dit Basnage, est si bieri raisonnée, que nous n'y pouvons rien ajouter. Cependant il donne son avis, par égard pour celui qui l'en sollicite. « Il me » semble donc (\ùè je vous demande excuse est préfé- » rable à je vous fais excuse. Les oreilles sont plus » accoutumées au premier, et l'usage l'ayaiit un peu » autorisé, on ne doit plus tant examiner cette phrase
(1) « On peut reprochera la langue française un trop grand nomn bre de mots simples auxquels manque le composé, et de termes » composés qui n'ont point le simple primitif. Nous avons des archi- » traves et point de traves, un homme qui est implacable et n'est )' point placahle; il y a des gens inaimables, et rependant inaimablc » ne s'est point encore dit. » (Voltaire, Dictionnaire philosopUque , art. Français.)
340 DKMANDIiR EXCUSE.
» par l'cxaclc raison, qui cède à l'ufago. D'ailleurs, » je vous fais excuse nVst pas plus supporlal)Ie : c'eî-t » aussi un petit galimathias, et cette phrase, considérée » à la rigueur, n'a point de sens raisonnable. »
Dans tout cela, je ne vois pas alléguer une raisou qui me paraît justifier tout naturellement la locution débattue, à savoir que excuse y représente le lalin excusatio^ justification. Je vous demande ma justification, je vous demande d'être excuse à vos yeux! Et le paysan a le sentiment vrai de la valeur native du mot, lorsqu'à un personnage qu'il considère, il dit avec une intention de grande politesse : Vous me faites excuse. Il entend par celte formule elliptique : Je ne suis pas de votre avis ; j'ai besoin d'être excusé. Je vous dejnande excuse, et je compte que vous me faites excuse.
Il n'y a pas là l'ombre de galimathias ni d'obscurité. Excuse est suceptible de recevoir le sens actif et le sens passif, comme un grand nombre de substantifs en français et en latin, par exemple amour. Amor patris {l'amour d'un père) signifie aussi bien l'amour qui descend du père aux enfans , que celui qui remonte des enfans au père. Je vous fais excuse, sens actif; Je vous demaiule excuse, sens passif. La préciosité du père Bouhours a trop alainbiqué celte question fort simple.
Voilà pour la théorie ; passons à l'usage.
Bouhours l'avoue dans le peuple ; ce qui lui est un motif de proscriplion est à nos yeux une présomption
de légitimité. 3Iais voyons en dt-liors de la populace et des bourgeois.
Je suis confuse
De ce qae vous voyez ! je vous demaride excuse.
(DrFBESNT, la Coquette de village, acte I, se, vin.)
Je vous demande excuse, a-t-il dit, et j'ai tort.
(La Fomaise, Ragotin, acte II, se. ïi )
M™* de Sévigné écrit des Rochers à sa fille : « Ma » chère enfant, je voifs demande excuse^ à la mode » du pays. » De cette phrase il résulte la preuve que cette locution avait cours en Bretagne, la terre des Rochers , comme on sait, était à peu de distance de Rennes. Eh hien , c'est de Lannion qu'on nous écrit pour réprouver y'e vous demande excuse. Notre correspondant nous allègue textuellement les raisons du R. P. Bouiiours, par conséquent en répondant à l'un nous avons répondu à l'autre. M"' de Sévigné. dil-il , se moque de cette expression. — Pas tout à fait : employer un provincialisme en le faisant remarquer, ce n'est pas précisément s'en moquer ni le désapprouver. Et puis dans tous les cas M"" de Sévigné n'est pas infaillible.
La veaux {Dictiomiaire des difficultés de la langue française) s'est exprimé avec plus de justesse : il écarte l'autorité qu'on pourrait se faire de M"" de Sévigné, eu disant qu'elle plaisantait, et il adopte les considérans et les conclusions du père Bouhours. Le Diclion- «• 29.
nairo de l'Académie, qui ne plaisante pas, dit dans sd quatrième édition, au mot Excuse : « ï[ n'a guère » d'usage qu'avec le verbe /"aire, comme faire des » excuses à quelqu'un. » L'édition suivante est plus large : « Ce mot excuse n'est guère d'usage qu'avec les * \Q\hQS faire ou demander^ comme : Je vous fais mes » excuses pour lui ; je vous en demande excuse. »
Aussi LamolteHoudard, membre de l'Académie française, l'un des habitués de cette petite cour de Sceaux, qui certes n'était pas uilie école de mauvais langage, Lamotte a dit dans ses fables :
Cadet ciron, sain et sauf arrivé, Demande excuse au bœuf qu'il croit avoir sauvé. {Le Bœuf et le Ciron.)
Je sais que Furetière est contre moi : « On a mis en » usage une façon de parler impertinente : Je vous » demande excuse; on n'a plus qu'à y adjouter : Je » vous fais pardon^ au lieu qu'on doit dire : Je vous » demande pardon, je vous fais excuse. » Ménage cl lîouhours n'ont l'ait que gloser sur ce texte. Façon de parler impertinente est bientôt dit, mais en quoi impertinente? 11 ne sulïit pas de s'appeler Furetière, il faut encore donner des raisons. Or l'unique raison qu'on ait jamais apportée manque de fondement, je crois l'avoir établi, et l'Académie, longtems après Furetière, en a jugé comme moi. Excuse est rigoureusement le vieux français essoine , conserve au palais. On disait fort bien : Je demande cssoine , c'esl-à-dirc , je demande d'ôlre excusé. Le juge, après exomcn de V cssoine ^
de l'excuse apportée, essoinait ou n'excusait pas. On ne peut interdire pour excuse ce qu'on admet pour essoine.
De tout ce que dessus j'infère que ni l'étymologie , ni la raison, ni l'usage n'autorisent à proscrire cette façon de parler : Je vous demande excuse, qui n'a jamais eu contre elle qu'un caprice aveugle de Furelière épousé par le père Bouhours.
^hà PLURIEL DKS MOTS EN AINT.