‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 205 sur 259 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Temps avec nu sans le /» élymolopiquc. — Pluriel des mots terminf's jin ant, avec ou sans le t. — Rue Quincampoix. — Hoire à lirelarigot. — Réponse aux difficultés de celle lettre. — Mon correspondant se converlil à moitié.

A Monsieur le Directeur be i! Illustration.

« Rouen, 30 juin 1853.

» Monsieur, parmi It^s (juoslions de piiilologic que, dans voire niiméro du 25 juin dernitM-, vous déclarez encore pendantes, deux ont leur solulion depuis longtemps, et une troisième est, sinon explitpn^e, au moins indiquée dans un dictionnaire qui est entre les mains de beaucoup de personnes.

» Première question. — « Un im|)riineur de province » nous a demandé s'il est indispensable de mettre un p » au mot temps, et si l'on doit on non laisser subsister » le / au pluriel des substantifs et des adjectifs terminés » en f(/it, ait. Si l'on doit é.Miie'saus /, avec Voltaire, » cnfans., aimaiis ^ prudens , ou bien avec /, comme la «plupart des livres d'impression moderne, enfants^ » aimants, prudents. »

» Dans son ouvrage si remarquable des Variations du larifjaije français depuis le douzième siècle ^ M. V. <iénin a répondu aux deux parties de la question,

FALT-IL ÉCRIRE TKMS OU TEMPS ? 3A5

et il l'a fait au double point de vue de l'histoire et de la théorie.

» Prenons d'abord le mot temps.

«Certains grammairiens, dit-il, reprochent à Vol- > taire d'avoir supprimé \q p de temps. Qu'ils portent » le blâme plus haut, car, dans les manuscrits anté- » rieurs à la renaissance, ce mot n'a jamais de // ; il est » partout figuré tens ou tans.

* C'est le XVI' siècle qui, dans sa pédanterie d'ély- » mologies, s'est avisé de rappekr le^; de tempus. Jus- » que-là on ne s'en était jamais occupé. » (Page 6/i.)

» Plus loin il revient encore sur cette absence du p au moyen âge , et il donne une raison de plus pour le proscrire :

ff Je demande que, dans tout ce qu'il existe de ma- » nuscrits du moyen âge, on me fasse voir un eeul » exemple du mot temps écrit avec un p. Au moyen » de cette dernière orthographe, on peut aujourd'hui » se procurer le spectacle de quatre consonnes consé- » cutives : temps couvert, et même de cinq : temps » pluvieux. Il faut laisser aux Allemands le plaisir » de contempler sept consonnes de suite dans un » de leurs mots les plus usuels, Geschichtschreiber » (historien). »

» Ainsi la suppression de Voltaire est du goût de M. Génin, parce qu'il la trouve dans les manuscrits du moyen âge, parce qu'elle nous sauve de la pédanterie étymologique de la renaissance, et parce qu'elle caresse plus agréablement l'oreille, en lui épargnant

3/l|(5 FAUT-IL ÉCRIRE TEMS OU TEMPS?

l'accumulation des consonnes finales, rendue plus dure encore par la rencontre possible d'autres consonnes initiales. Telle est la théorie.

» D'après cela, on serait tenté de croire que M. Génin sera le premier à l'appliquer. Il n'en est rien. Dans la j)ralique il restitue bel et bien à tems le 2^ dont il s'applaudissait de le voir déshérité par Voltaire. Son livre le prouve surabondamment. N'y a-t-il là qu'une contradiction dont M. Génin pourrait se disculper en répétant :

Video meliora proboque,

Deleriora sequor

et en rejetant la faute sur l'usage, ce grand mailre du langage parlé et du langage écrit? Il y a mieux , je le pense.

» M. Génin, malgré son courroux contre l'école des étymologistes, a senti peut-être qu'il serait assez singulier de conserver l'indication étyrnologique, par la présence du p, dans les dérivés : tcmjy-orairc , tcmp-orel ^ temp-oriser, cotitemp-orain ^ etc., et de la proscrire dans le primitif temps. Cette thutilalion du radical a répugné à sa logique.

» Ensuite, il n'a pout-iHro pas eu non plus grande confiance dans la valeur de l'argument tiré de Taccumulalion des consonnes. Car notre siècle procède encore connue iM. Génin nous apprend (pie procédait le moyen a\ge. Jadis, « on écv'wml prins, surprim, avec une n, » pour rappeler aux yeux l'infinitif (des amis de l'ély- » mologie au moyen Age, on ne TaUlait pas cru); mais

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