QUINCAMPOIX
lieue, et qui transformerait en leur sœur aînée la rue (Juincampoix ; mais à une époque bien reculée, puisque dès le xiii* siècle Girault de Saint-Fargeau nous la représente comme « peuplée de merciers et d'orfèvres : » c'était alors le rendez-vous du beau monde et surtout » des dames cliàtelaines. » {Quarante-huit quartiers de Paris^ page 288.) A tout prendre , son explication ne vaut pas mieux que celle des cinq paroisses.
» Evidemment Corrozet, Sauvai , l'abbé Lobeuf, Jaillot et Dulaure , convaincraient d'erreur l'étymologiste normand , si M. Génin ne l'avait fait dans l'ouvrage déjà cité, en consacrant à ce mot un article spécial :
« lluE QLi>CAMPOix c'est, dans les vieux litres, la rue B Qui qui en poist , Qui qui s'en fâche. On élidait le » second î, Qui qu'en poist , comme qui qu'en grogne. » Une qui qu'en grogne était la maîtresse tour d'un » castel picard , la plus altière, construite , pour ain^i » dire, malgré l'opposition de ceux qu'elle menace : » Je la bâtirai, qui qui en grogne.
» La rue Qui qu'en tonne est devenue, par corrup- » tion, rualiquctonne, dont le nom moderne est aussi » insignifiant que celui de la rue Quincampoix. » (l»age189.}
» Si l'explication de M. Génin n'est pas la vraie, au moins est-elle plausible, à condition d'expliquer ^?/repoix et Mirepoix, tandis que celle du bénédictin est trop bouffonne pour prendre place en lotidilé dans un recueil sérieux.
352 BOinE A TIRE-LARIGOT.
» Voilà donc deux questions résolues par le spiriluol ccrivtTin dont les lecteurs de Y Illustration ont si souvent lieu d'admirer l'érudition et la sagacité philologiques. On n'a qu'à ouvrir le livre pour Irouver encore les réponses les plus instructives et les plus curieuses à une foule d'autres proMèmcs capables de piquer l'attention des érudits et des gens du monde.
» Troisième question. — « Quelle est rétymologic » de boi7'e à tire- larigot ? »
» Il suffirait, pour avoir la réponse, d'ouvrir h Dictionnaire universel de Boiste. On v trouve : « Tire- » LARIGOT (boire à), adv. (popul.), excessivement, g. c. » et -(/ami. a. (la Rigaud, cloche de Rouen). »
6 Cette rédaction abréviative signifie que Gattel et Catineau, son ahréviateur, suivant l'orthographe de la prononciation, ont écrit larigot, devenu inintelligible; tandis qu'^ l'Académie,
Dont on dit tant de mal, a du bon quelquefois,
puisque, fidèle à l'étymologie , elle veut qu'on écrive Larigatid ; ce qui mettait sur la trace de la vérité. C'est ainsi en effet qu'on écrit à Kouen, où l'origine de celte locution est bien connue, pour avoir été consignée dans les ouvrages composés sur cette ville, et rappelée tout récemment dans les éphémérides d'un de si's journaux.
9 Odon II, Uigaut ou Uigaiid, ou I\igault(Of/o lligaltius)t était le cinquanlc-sixiômc des archevAques de
BOIRE A TIKE-LAIUGOT. 353
Rouen. Après avoir rétabli l'ordre dans son diocèse par des mesures énergiques , comme le prouve le Journal des visites pastorales, publié naguère», il accompagna saint Louis dans sa seconde expédition pour la terre sainte, et reçut son dernier soupir. Dans le testament que l'effroi fit faire, à Carthage, à son fils Philippe III , Odon Rigault était nommé du conseil de régence. Il revint en France en 1271, et mourut à Rouen, le '2 juillet 1275, « laissant une somme d'argent pour la fonte d'une cloche qui porte son nom (1). » Placée dans la lour de Saint-Romain, celle qui est à gauche du portail de la calhédralo de Rouen , elle fut longl(Mns la plus grosse de toutes les cloches, et ne se vil détrônée qu'au xv^ siècle par la Marie d'Estoutcville. La reconnaissance lui avait donné le nom du donateur, et elle est toujours restée célèbre au n.iiieu de ses onze sœurs. Pour la mettre en branle, il fallait des bras nombreux et robustes, et, la besogne terminée, les tavernes voisines recevaient les sonneurs épuisés, qui cherchaient dans de copieuses libations la réparation de leurs forces. De là est venu le proverbe de boire à tire-la-Ri'jault, c'est-à-dire boire autant que les hommes employés à tirer la corde qui mettait celte cloche en branle.
» Une autre explication a cependant élé rapportée par l'auteur des /y<?//res sur laville de Rouen. « Quaiit » au proverbe de boire à tire-la- Rigault, quelques éty-
(IjFABiN./iistoiredefioueH, 3' partie, 1. 1, édit. ia-4°, 1731, p. 158, 1. 30.