DUMARSAIS HÉSITE
» lient en nt, changent le # en s au pluriel. Exemples : ï enfant^ enf ans ; prudent, prudens. »
Avec cette distinction arbitraire de polysyllabes et de monosyllabes commencent les embarras et la confusion. Et tout de suite Latoucbe est obligé d'entrer dans la voie des exceptions : — « Toutj cent et cent clian- » gent aussi le ^ en 5 : tous, cens et gens. »
Cela n'est déjà plus exact quant au mot cent. C'est le premier pas dans le chaos. Notez que le livre de Latoucbe a été « revu exactement sur la grammaire » de 31. Régnier Desmarais et sur le Dictionnaire de » l'Académie Françoise. »
Voilà donc la tradition originelle méconnue et altérée; et parquet motif, je vous prie? et à quel profit? Ce n'est pas au moins au profit de la simplicité ni de la logique. Et par qui enfin? Ici je puis répondre , je réponds avec regret : par la gardienne officielle des traditions, par une compagnie instituée exprès pour corriger les écarts du langage et empêcher la langue française de dévier, par l'Académie ! Si le sel de la terre s'évanouit, dit l'Apôtre, avec quoi salera-t-on ? Vos estis sal terrœ, vous êtes, messieurs, le sel de la terre; quod si sal terrœ evanuent, in que condieturf
Pendant le cours du xvni" siècle, l'usage de conserver le t aux pluriels en ant s'accrédite peu à peu. 11 n'a point encore essayé de supplanter ouvertement Fancien usage, il p'pst pas encore formulé en règle, toutefois il a gagné assez de terrain pour queDumarsais en tienne compte, el mette la règle en question; seulement en
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question, noloz bien ! Sa solution est de laissor chacun libre : conservez le t ou le supprimez , è sempre bene. On n'est pas plus accommodant. Certaines gens appellent cette indifférence entre le blanc et le noir de la philosophie; en tout cas, elle ne demande ni beaucoup d'étude ni beaucoup de courage. Quand je dis que Dumarsais se montre indifférent, non! pas tout à fait, il serait disposé k avoir envie de préférer ts, à cause de la formation du féminin des adjectifs. Remarquez ce germe d'opinion et ce motif: nous les retrouverons plus tard. Voilà où Ton en était au milieu du xviii» siècle : Dumarsais est mort en 1756.
Quel(iue quarante ans plus tard, le citoyen Caminade, dont la grammaire est imprimée en l'an VII, aux frais de l'Etat, prescrit résoluement de former le pluriel par I'audition de 1*5 au t :
« Seulement l'usage veut que le t des mots qui se » terminent en ant et ent sk change en 5 dans les mois » qui n'ont point de féminin, comme enfant, moment, » excepté dents et vents. » (Page 27.)
Ainsi, au bord du xix* siècle, en 1799, la règle générale de nos aïeux n'est pas encore enterrée. Le citoyen Caminade la laisse vivoter par pitié dans un coin, à l'état de pi^'lile exception introduite on ne sait ni quand, ni comment, ni pounpioi : « L'usage veut ! — d//ns les mots qui n'ont jioint de féminin. » Encore dérobe- t-on à la loi deux monosyllabes, dents et vents.
Mais elle n'a pas longlems i\ jouir de celle tolérance : voici venir, tout hérissés de termes horriluiucs , les
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grammairiens du xix* siècle, ou plutôt, comme ils s'intitulent, \es (/rammatistes, grands inquisiteurs des vocables, grands consommateurs de mimologismes, de (Ualogismes et surtout de sophismes ; ferrés sur la lexiologie et Vofior/uttopéed), ennemis jurés des ai et fanatiques admirateurs des oi, « la plus française de nos diphthongues! » s'écrient-ils avec emphase. Leur haine implacable s'altache surtout à deux objets. Voltaire et l'Université. Entendez-les du haut de leur arrogante érudition : c'est Voltaire qui le premier s'est avisé de supprimer le t des pluriels en anf ; et les propagateurs de cette orthographe damnée, antinationale, ce sont « les cuistres de l'Université ». Il faut supprimer à leur tour Voltaire et l'Université, et rétablir le / des pluriels, le rétablir toujours et partout! Il ne s'agit plus de distinguer entre les adjectifs et les substantifs , les polysyllabes et les monosyllabes ; tous les pluriels sans cxce[)lion seront formés désormais par I'addition de Vs au t. Nous voici arrivés au contre-pied de la règle primitive.
Cette doctrine n'a pas cinquante ans d'existence, et elle prétend l'emporter sur la doctrine admise et pratiquée pendant huit siècles. Vous me direz que huit siècles n'empêchent pas une erreur d'être une erreur, un abus d'être un abus; c'est aussi mon avis. Voyons quelle raison milite en faveur du système moderne.
(1) Ce mot trouve beaucoup d'organes rebelles. J'ai connu un vieux médecin très lie avec M. Nodier, dont il possédaitles ouvrages ex dono autoris, lequel parlait toujours avec enthousiasme du Didionnatre d«s u.soMOTAPÉEs de son illustre ami. Il n'a jamais pu dire autrement.