‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 213 sur 259 · VANITÉ DE CE MOTIF · texte numérisé non relu

VANITÉ DE CE MOTIF

Qui combattaient jusqu'au trépas, Et mouraient, pieux et fidèles, Pour des vérités éternelles Qu'eui-mémes ne comprenaient pas.

Ils sont loin de se douter qu'ici Voltaire est l'orthodoxe , et qu'ils sont , eux , les schisraatiques. Mais encore, ce point mis à part, examinons en soi le motif sur lequel ils s'appuient, à savoir que la formation régulière du féminin dans les adjectifs serait compromise, et qu'on pourrait, par exemple, du pluriel charmans sans t conclure le féminin charmane.

11 faut, disais-je, que cet argument leur ait paru bien fort , car ils n'en ont jamais produit d'autre , depuis M. Nodier (je devrais dire depuis Dumarsais) jusqu'à l'auteur du sarcasme contre les sots de l'école de Voltaire.

Eh bien, cet argument, il faut le dire, est misérable ! D'abord un peuple forme sa langue pour soi-mômo , d'après ses convenances particulières, et sans se préoccuper si les étrangers auront plus ou moins de facililé à l'apprendre. Est-ce que les Anglais, les Allemands, les Polonais, les Russes, ont jamais rabattu une consonne de leurs mots afin de les rendre plus accessibles à l'organe des Français ?

Ensuite n'a-t-on pas toujours le singulier masciilin pour en déduire régulièrement le féminin ? Charmant ne permet pas de s'y méprendre et de dire au féminin charmane. C'est en quoi le scrupule de Dumarsais est excessif, et sa précaution superflue. Apparemment ces

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messieurs, si attentifs pour les étrangers, prennent soin d'écrire aussi le pluriel tous avec un t , touts, de peur d'induire les étrangers à dire au féminin toues ? Car lorsqu'on pose un principe, il faut le suivre dans toutes ses application?.

Pour maintenir le p de temps, vous m'alléguez encore, monsieur, le texte imprimé des Variationsdu langage français. Ce n'est pas une raison pour moi, vous le savez. 31. A. K..., d'AlIkircli, dont la lettre est dans le même sens que la vôtre, s'appuie d'une meilleure autorité, c'est celle de M. Nodier, dont il me cite les Eléments de linguistique : « Est-il indispensable, dit » M.Nodier, de mettre un p au mot temps? doit-on » laisser subsister le / au pluriel des substantifs et ad- » jectifs en atit, ent, ou le supprimer avec Voltaire? » Je ne me lasserai pas de redire que Voltaire n'a rien suppritne' du tout ; qu'il a maintenu ce qui avait existé depuis l'origine de la langue, et s'est opposé à l'innovation de ceux qui introduisaient le / dans ces pluriels. Voilà la vérité manifeste, palpable, incontestable, que 31. Nodier et les siens ont retournée sens dessus dcs- .sous, et que je remets sur ses pieds.

31. Nodier exige ley> dans le mot temps, parce <iue autrement il faudrait dire, au lieu de temporaire^ temporal, temoraire et temoral (1).

Uéellement c'est pilié d'avoir à réfuter iV' pareils

(I) Ce raisoiuirineiil ol ces exemples sont reprodiiils nu.»si clans les Hetuart/ues sur la langue fnvuaisc cl le slylc, lonjours sans nonuner M. Nudicr.

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