VANITÉ DE CE MOTIF
argumens ! Est-ce que dans toutes les langues anciennes et modernes, et particulièrement dans la nôtre, on ne voit pas des foules de mots qui, sortis de la même racine, les uns gardent, les autres écartent la consonne étymologique? M. Nodier écrivait malin, comme tout le monde ; se croyait-il obligé de dire au féminin maline ? Non ; il écrivait et disait maligne. Et quand il eût écrit maling par un g, avec les pédans de la renaissance , son principe l'eût condamné à former le féminin malinge, et non maligne. On dit pareillement dédain et dédaigneux, et non dédaineux ; le.^ de magister s'éclipse dans maître , et reparaît dans magistral ; il n'y a point d'/ dans bref, il y en a un dans brièveté et brièvement. On remplirait cent pages de ces exemples, qui prouvent la niaiserie (car le mot échappe) de l'argument de M. Nodier.
D'ailleurs, en dehors de tous les argumens possibles, il y a un fait : c'est que nos aïeux ont toujours écrit de cette manière. Vous prodiguez à ceux qui sont d'un autre avis que le vôtre les épithètes de sots, d'ignorans, d'absurdes et de pervertisseurs de la langue française; or savez-vous qui vous atteignez en plein par cette qualification ? les fondateurs de la langue française et tous ceux qui l'ont perfectionnée, depuis Charlemagne jusqu'à Louis XV, depuis le traducteur inconnu du Livre des Rois jusqu'à Bossuet et Fénelon. Tous ces gens-là n'avaient guère de logique dans la tête, car ils écrivaient tems sans y mettre plus de/? qu'on n'en prononce, et ils avaient l'inconséquence de dire temporel ; I. 31.