‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 218 sur 259 · GALLICISMES PERDUS · texte numérisé non relu

GALLICISMES PERDUS

Suflit que j'aie séparé la cause de mon Qidncampoix et celle de votre Mirepoix.

Le moyen âge se plaisait à ces appellations tournées par qui. Dans le Livre de la taille de Paris, on voit figurer, à la page 35, Alain Qui-ne-ment et Robert Qui-ne-ment ; il y avait aussi la rue Qui m'y trouva si dure, plus tar.d la vallée de misère. Qui- qu'en- tonne était le surnom du bourgeois Milessent, logé en 1292 dans la rue appelée aujourd'hui par corruption Tiquetonne. L'abbé Lebeuf, sur un vers du Dit des rues de Paris, de Guillol, remarque que a le Cartulaire de » Sorbonne, à l'an 1253, fait mention d'un Nicolas B Kiquenpoit, qui pourrait bien avoir donné son nom » à cette rue. »

Je ne laisserai pas aller qui qu'en poist^ qui qu'en grogne et qui qu'en tonne sans vous faire observer un avantage de la langue de nos pères sur la nôtre. Ils disaient qui qui où nous sommes obligés de dire qui que ce soit qui : cinq monosyllabes pour deux, trouvezvous que ce soit un progrès? Si l'on voulait traduire ces anciennes appellations , il faudrait mettre : rue Qui que ce soit à qui il en pèse ; — rue Qui que ce soit qui en tonne. Voyons, de bonne foi, n'est-ce pas la langue du XIX* siècle qui est ici la plus barbare ?

C'est surtout la malheureuse poésie qui perd à ces beaux perfectionnemens. Essayez un peu de dire en vers, en parlant de soldats en déroute : Qui que ce soit qui les rappelle, ils ne se détourneront pas ! Je le donne en quatre à M. de Lamartine et à Déranger lui-même.

Page 1