‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 22 sur 259 · FALBALA · texte numérisé non relu

FALBALA

Ces citations suffisent pour établir que le moi falbala était dès lors en pleine circulation. Le premier des trois passages semble indiquer que la mode des falbalas s'établit vers l'année 1705, puisqu'il y est dit que la dame qui les étalait en portique , était « mise d'une façon toute nouvelle ».

Et ce qui confirme cette indication , c'est que dans les Mots à la mode , jolie comédie de Boursault, où l'on trouve une ample et bizarre nomenclature des chiffons de toilette en vogue dans l'année 1694, il n'est pas question de falbalas. Or, s'ils eussent été connus alors, il n'est pas douteux que le poiite les eût compris dans sa liste, avec lecAow, la gourgaruiine^ la culbute^ le tàtez-y, \q papillon, et le reste.

N'en déplaise aux pères de Trévoux, falbala n'est pas un terme de pur caprice, sans aucune étymologie. Il ne faut pas être un grand linguiste pour saisir le rapport qui existe entre ce mot et l'espagnol falda^. bord ou pan de robe, pli d'un vêtement.

« Falda, dit Oudin, habit de femme, long manteau » plissé; faldellin, cotillon plissé; faldeai\ découper » de grands bords appliqués sur les habits. »

On ne saurait mieux définir le falbala qu'on appelle aujourd'hui volant. Il me parait clair que falda s'est allongé en falbala; et ce doit être vers l'époque du mariage de Louis XIV avec une infante d'Espagne, lorsque la langue et les auteurs espagnols étaient, dans la société poUe, aussi familiers, ou peu s'en faut, que le français et les autenrs français. Il y eut même,

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dans ce tems-là, à Paris, un théâtre espagnol qui subsista douze ans.

Ménage, comme tous ses devanciers et la plupart do ses successeurs , semble n'avoir été dirigé que par un seul principe en fait d'étymologie , principe dont la fausseté choque le bon sens, rien qu'à l'entendre énoncer ; aussi, en l'appliquant toujours, se sont-ils bien gardés de le formuler jamais. Peut-être eux-mêmes ne s'en rendaient-ils pas compte en lui obéissant en aveugles. Quoi qu'il en soit, le voici dans son expression la plus nette : Tout mot vient du mot qui lui ressemble LE MIEUX. Cela posé, Ménage, avec son érudition polyglotte, s'abat sur le grec, le latin, l'italien, l'espagnol, l'allemand , le celtique, et ne fait pas difliculté d'aller jusqu'à l'hébreu. C'est dommage que de son tems on ne cultivât pas encore le sanscrit, l'hindouslani, le thibétain et l'arabe : il les eut conlrainls à lui livrer des ^ptymologies françaises. Mais enfin avec les ressources dont il dispose, vous croyez qu'il peut suffire à tout? vous vous trompez. Cela lui suffit si peu, qu'il est obligé d'y coudre le supplément de ce qu'il appelle le bas latin. Ce bas latin lui est un fonds inépuisable, car lorsqu'il n'y trouve pas la racine dont il a besoin, il la fabrique et vous la sert aussi hardiment qu'il ferait une expression de Cicéron ou de Virgile. Point d'exemples; à (pjoi bon ? la parole de Ménage n'est-elle pas le meilleur certificat? Et ce n'est pas de l'improbilé, non! Ménage est un iionnête honune et rempli de bonne foi ; mais il est comme « noire père Tournemine, qui croit

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