MÉNAGE ÉTYMOLOGISTE
» tout ce qu'il imagine ». Sa première dupe, c'est luimôme. On ajouterait un volume au Glossaire de Du Cange, en ramassant tous les mots de latin barbare forgés par Ménage ; très barbares, en effet ! latins, c'est autre chose.
Attendez, ce n'est pas tout encore; c'est beaucoup, et ce n'est pas assez, tant cette industrie de Ménage réclame de liberté et de complaisance ! Ménage est venu à bout de racoler ses deux ménecbmes, l'un français, l'autre attiré du Nord ou du Midi. Il ne s'avisera jamais de se demander lequel des deux est l'aîné, lequel est le cadet; lequel le père, lequel le fils. La recherche de la paternité est interdite, ou plutôt 3Iénage pose en fait, à priori, que le mot français vient toujours du mot étranger. Par exemple, il tire violon du bas breton violon, et jamais il ne lui tombera dans l'idée que c'est peut-être le bas breton qui a emprunté violon au français.
Il ne se met pas davantage en peine des chemins par où un mot hébreu ou carthaginois aurait pu passer pour venir s'étabhr en France. Il y est, le voilà, suffit ! L'identité ne peut être mise en question devant la ressemblance, et souvent Dieu sait quelle ressemblance!
Eh bien, avec tous ces moyens et d'autres que j'omets. Ménage se trouve encore à court ! Cela ne lui arrive pas souvent, il est vrai; mais cela lui arrive, et c'est une preuve de sa bonne foi, car pour peu qu'il y mit de malice, cela n'arriverait jamais.
Ce que je vais dire choquera l'opinion générale et 1. 2
14 DR l'étymologie,
consacrée depuis deux cents ans, mais c'est ma conviction, qui ne s'est pas formée à la légère : Ménage manque absolument do sens critique et même de sagacité. Son dictionnaire, imposant par la masse et par l'érudition qui s'y trouve entassée, a fourvoyé la science étymologique dans une fausse route, où elle s'est déconsidérée et à peu près perdue ; car le bon sens public est admirable ! sans discuter le livre , sans disputer avec l'auteur, cbose infinie! on a senti le néant de son œuvre, et on l'a tout uniment laissée de côté. Oui, sans posséder la millième partie de Térudilion de Ménage, on a reconnu que cet ouvrage si sérieux dans la forme et dans son appareil pédantesque, n'était au fond qu'un jeu d'esprit d'un bomme qui n'avait pas d'esprit, mais seulement de la patience et une mémoire prodigieuse. Le dictionnaire de Ménage est de la science comme les bouts rimes sont de la poésie. S'il en était autrement, aurait-on délaissé, comme on l'a fait, un livre sur une matière si intéressante et si fort du goût de tout le monde ?
Ménage a donc compromis au plus baut degré la science étymologi(jue dont il n'a pas même entrevu la portée. Il ne parait pas avoir soupçonné combien de renseigneniens elle pouvait fournir à l'bistoire des mœurs et des coutumes , retiseignomens cacbés et curieux que l'étude irait vainement demander ailleurs. Pour Ménage, il ne s'agit que d'un mot' à trouver pareil à un mot donné. Ses étvmologies sont au niveau des énigmes de l'ubbé Colin. Colin met ou vers des