‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 228 sur 259 · A TANS , TIMES, FOIS · texte numérisé non relu

A TANS , TIMES, FOIS

J'observe deux choses. La première, que ce mot tanz ne s'emploie qu'au pluriel. Au singulier, on dit rine fois, et ce mot fois s'emploie aussi au pluriel concurremment avec le mot tanz. Exemples :

La reine Genièvre, sur la fausse nouvelle de la mort de Lancelot, exprime naïvement son regret de lui avoir été trop cruelle. Ce serait, dit-elle, une grande consolation pour moi !

Hé, lasse ! corn fusse garie, Et comme fust grauz reconfort, Se une fois d\m qu'il fust mort L'eusse entre mes bras tenu !

[La Charrette, v. 4224.)

Dànsle Roman d'Alexandre, Clitus blessé se relève et crie quatre fois : Macédoine .'...

Mais dans Clins se redrece, si a l'escu levé Et a par quatre fois Macidonel escrié.

(Page 244, V. 17.)

Ma seconde remarque, c'est que les Anglais emploient encore le mot time, comme nous faisions au xii* siècle le mot ta)is , pour marcjuer la répétition : — tivenlt/ times, vingt fois ; — preuve que tans est bien le nuMne que temjjus en latin (1).

Le maintien de cette fa(;on de parler « de cent tans quatre » dans une province de France, en 1853, est un

(1) On sait que Map et Benoit vivaient ii la cour d'Henri II d'Angleterre. J'fljouterai que je n'ai pas trouvé cet emploi de laits dans la version des /(('i.s', ni dans le Uoland, qui sont cependant do^ textes normands.

COUSTRE, CUISTRE. û85

bel exemple de la tradition orale et de la vitalité des locutions populaires,

T Toot le monde connaît cette jolie épître A mon habit, qui commença la réputation de Sedaine :

Ah ! mon habit, que je vous remercie!

Que je valus hier, grâce à votre valeur!

Les mots, comme les hommes, ont quelquefois aussi deux costumes, et sont bien ou mal reçus dans le monde selon qu'ils se présentent revêtus de l'un ou de l'autre habit. Om méprise, on repousse l'homme en blouse, mais Ion accueille le monsieur en frac brodé, et, vérification faite, on découvre qu'au fond l'on avait affaire à un seul et même individu.

C'est l'histoire de Cuistre et de Coustre.

Cuistre, qui est aujourd'hui un terme de mépris et d'injure, acte longtems un titre d'office ecclésiastique très honorable : toute la différence est qu'on écrivait coustre. Les coustres de l'église de Saint- Quentin avaient le privilège de porter la mitre lors de leur première entrée dans l'église. Guillaume de Sainte-Maure, coustre de Saint-Quentin, fut chancelier de France sous IMii lippe IV. Les coustres, qu'on appelait en quelques lieux custodes, étaient préposés à la garde et surveillance de tout ce qui intéressait l'église. « Cette dignité, dit Piganiol de la Force, fut supprimée (à Saint- Quentin), et réunie au corps du chapitre en 1/185. »

L'étymologie de ce nom est manifeste : coustre est l. 33

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