‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 230 sur 259 · ON ABUSE DU LATIN BARBARE · texte numérisé non relu

ON ABUSE DU LATIN BARBARE

raconte qu'un chantre de La Rochelle fut enlevé par lettre de cachet au chapitre de cette ville, pour le faire débuter à l'Opéra. M"* Guimard l'ayant essayé sur son théâtre de Pantin , on reconnut que cette voix, magnifique dans le haut, « n'avait point de bas. « On a renvoyé ce chantre, qui, après avoir goûté des » filles d'Opéra, répugnait beaucoup à retourner avec » les cuistres ses confrères. »

Le Dictionnaire de Trévoux dit , au mot Cuistre : « Valet de pédans ou de prêtres , qui leur sert à faire » cuire leur viande... Plusieurs dérivent ce mot de » l'allemand kiister, un serviteur de l'Eglise , mais il » vient plutôt du latin coquere. »

Il semble que Trévoux ait eu peur d'outrager l'Eglise par l'étymologie véritable. La dignité de l'Église n'est point engagée par le hasard et les caprices de la langue. M. Napoléon Landais adopte la fausse étymologie de Trévoux, et, en homme d'imagination qu'il était, il renchérit encore par-dessus. — « Cuistre, dit-il, du latin » barbare coquister, fait de coqmis, cuisinier, valet de » cuisine, marmiton, valet de collège.» — Coquister est en elTet du latin barbare, et si barbare, qu'il n'a jamais existé. C'est une imitation du procédé de Ménage. On veut faire venir cuistre de coquus ? Hien de plus facile; dites : Coquus, en latin barbare coquister, retranchez co, il reste quister, qui est la même chose que cuistre. Voilà ! On a beaucoup abusé du latin barbare : c'est la ressource habituelle de M. Nodier et de son école. Le latin barbare souffre tout. A-l-on besoin d'une étymo-

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