LA CAMARGO5 LA DÉCOUPURE
Clef des chansonniers de 1717, sous le timbre : Voi/s me l'avez dit, souvenez-vous-en ; limbre conservé par Favart, dans la Chercheuse d'esprit.
On serait tenté de croire que la fortune vend cette grande popularité à la condition de ne pouvoir être connu.
S'il est des auteurs que le succès même n'ait pu tirer de l'obscurité, il en est aussi, effet plus bizarre ! qui, avec un nom d'ailleurs célèbre, n'ont pu obtenir qu'un succès anonyme. La rivalité de M"* Càmargo et de 31"" Salle a retenti, comme leur gloire, dans l'univers entier :
Ah! Camargo, que vous êtes brillante!
Mais que Salle, grands dieux ! est ravissante !
Les nymphes sautent comme vous, Mais les Grâces dansent comme elle.
Grâce aux pochettes des maîtres à danser (je ne dis pas des professeurs de danse, dont le goût a trop progressé pour suivre encore ces vieux erremens), le nom de M"* Camargo est resté attaché à certain duo de Pyrame et Thisbé dansé par elle, sur les notes de Rebel et Francœur, tandis que deux Egyptiens chantaient les paroles de l'illustre La Serre, le La Serre de Boileau, vous savez :
Je dirai que La Serre
Volume sur volume incessamment desserre.
C'est lui qui avait desserré de sa veine ce Pyrame et cette Thisbé (1726). M"« Salle, pour ne pas être en
392 l'air des trembleurs.
reste avec sa rivale, composa elle-même un air sur lequel elle dansait dans Y Industrie, ballet pantomime de Pannard et Carolet, représenté le 13 avril 1737 (non imprimé). Cet air demeuré dans toutes les mémoires d'amateurs de vaudevilles, est Tair de la Découpure, « Enfin, la Découpure paroît et fait exécuter à ses » suivans la fameuse contredanse qui porte son nom, » et qui est de la composition de 31"" Salle, célèbre » danseuse de l'Académie royale de musique (1). » {Dictionn, des théâtres.)
Se douterait-on que l'air des Trembleurs est de Lully, et que c'est un chœur, un chœur de peuples transis par le froid de l'àpre Scythie?... A quoi tiennent pourtant la couleur et l'expression ! il a suffî d'accélérer le mouvement, et cette musique qui bégayait, qui avait 'onglée, tout à coup devient un vaudeville fringant et leste, qui ajoute à la verve des couplets les plus animés, tels que la- célèbre chanson du bou père lùienne. Et à propos de cette chanson, l'auteur de la Métromanic, sous le nom de qui elle court le monde, n'a pas beaucoup sué pour l'inventer. Voici, sur cet air, trois couplets qu'on lit dans le Recueil des parodies de Ballard (1, 146), où les deux premiers sont signés des initiales M. L. M. ; le troisième est anonyme (2) :
(1) Cet air est celui sur lequel Désaugiers a mis ce couplet de la parodie de la Vestale :
Ah! iiiiiiiiscir, qu'uvci-vous fuit \h '.
(2) On remarquera que la fin de l'air a é\é modifirc |tar les vaudevillistes, qui l'ii uni su|i|irinic la coda. Cet arraugonient, qui évile