‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 233 sur 259 · L\ CHANSON DU BON PÈRE ETIENNE · texte numérisé non relu

L\ CHANSON DU BON PÈRE ETIENNE

L'autre jour, le père Eugène

Et le dévot frère Estienne,

Tous deux la besace pleine,

Suivis du frère François,

Allèrent à la galère

Et firent si bonne chère

Aux dépens du monastère

Qu'à la fin ils s'enivrèrent

Tous les trois.

Ils rentrèrent dans le couvent La besace pleine de vent.

De vent, de vent, de vent, de veut, de vent.

Le gardien, homme sévère,

Se mit très-fort en colère,

Voyant que le monastère

N'avoit ni viande ni pain ;

Et que le bon père Eugène ,

Frère François, frère Esiienne,

Tous trois la besace pleine,

envoient au dortoir leur vin, Pendant que le reste, au couvent.

Ne se repaissoit que de vent.

De veut, de vent, de vent, de vent, de veut.

L'autre jour dame Claudine, Comme elle buvoit chopine, Fit un rot dans la cuisine Qui Gt trembler tous les plats.

Jamais une couleuvrine Ni les effets d'une mine Ne firent tant de ruyne Comme fit ce gros rot-là.

Haba, ha, ha !

une difficulté de facture, date de loin, car déjà dans le Théâtre de la foire de Lesage et Dorneval (1736), l'air est gravé tel qu'on le chante aujourd'hui. On le trouvera à la fin de ce volume tel que Lully l'avait crée. Il y a précisément sur cette coda un effet à trouver, dont un chansonnier habile saurait bien tirer parti.

39â l'air vive HENRY QUATRE !

Piron évidemment n'a eu d'autre peine que de fondre et de paraphraser ces trois couplets.

L'histoire littéraire du xvm* siècle, si riche d'anecdotes grandes ou petites, n'avait pas recueilli celle-là : elle m'a paru manquer à la collection.

Puisque nous en sommes sur la musique , je ne quitterai pas la matière sans avoir dit quelque chose du fameux air national Vive Henri/ quatre! que j'ai tant estropié sur la flûte, avec des variations, dans le tems que j'étais écolier de cinquième.

M. Castilblaze, dans son Molière musicien, dit cette chanson « parodiée sur l'air des tricutets, danse longtcms » à la mode avant le règne de ce prince. » Je puis assurer qu'il n'existe aucun rapport entre l'air des tricotets et l'air Vive Henrj/ quatre! Ceux qui ne m'en croiront pas sur parole peuvent vérifier le fait dans \es Ro/ules et chansons à danser, publiées par Ballard , en 1700. A la page 191 du second volume, ils trouveront l'air des tricotets, et au revers mùme de celte page, l'air Vive Uenry quatre! non pas à la vérité sous ce timbre, mais sous celui de la Cassandre; c'est une contredanse (1). Dans la Clef des chansonniers du mt\ne Hallard (1 717), cet air se retrouve encore (tonie I, p. 230) connue air de vaudeville, timbré Je suis Cassatidre; et l'éditeur

(1) Scarron dÏRtingue aussi les tricotets de la Cassaadre.

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