‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 243 sur 259 · PARASITE. SE DONNER LES GANTS · texte numérisé non relu

PARASITE. SE DONNER LES GANTS

l'anglais actuel avec la signification de lit, marquait le lit d'une rivière, alveus. C'est l'une ou l'autre de ces racines qui, en traversant la basse latinité, nous à donné le français bief, biais.

Quant à Xi qui se trouve dans bief, et ne se trouve pas dans bedum^ il ne faut pas s'en faire une difficulté : il y a cent exemples de l'addition de cette voyelle. Elle n'existe pas non plus dans feudum, et cependant feudwn a formé fief. De même, leo, locuSj mel, meus, ont fait lion, lieu, miel, mien, etc., oii Vi n'est pas moins intrus que dans fief et bief.

1 Gants : avoir ou se donner les gants de... — Voici l'opinion de Furetière au mot Gant : « On dit » en proverbe, quand un homme apporte une nouvelle >^ qu'on sait déjà, qu'zV n'aura pas les gants, pour dire » lapararjuante, le présent qu'on donne aux messagers » qui apportent quelque bonne nouvelle. » Aux messagers ou à tout homme de peine qu'on veut gratifier en sus de ce qu'on lui doit, en France on donne pour boire , en Espagne on donne pour avoir, des gants, para guantes. Cette différence semble dénoter que le peuple français est plus altéré, le peuple espagnol plus cérémonieux :

Dessus Tavide espoir de qbelqae paraguanle Il D*est rien qae leur art avidement ne lente.

{L'Étourdi, acte IV, se. ix.)

j . Sur l'espoir d'une gratification comme celle qu'on donne au porteur d'une bonne nouvelle.

hl6 SE DONNER LES GANTS.

La Fontaine termine un de ses contes en exprimant le regret de n'avoir pas inventé pour son compte l'expédient de troquer sa femme :

J'ai grand regret de u'en avoir les gants. {Les Troqueurs.)

L'idée appartenait au compère Gille et au compère Etienne : ils en avaient les gants. Si La Fontaine, la leur empruntant sans rien dire, l'eiH présentée comme de son cru , il s'en fût donné les gants.

Cette façon de parler ne doit pas remonter plus haut que le milieu du xvn* siècle.

Les guerres de Charles-Quint avaient ouvert quelques rapports avec l'Espagne; le mariage de Louis XIV avec Anne d'Autriche fut la circonstance décisive i\uï mit à la mode chez nous les mœurs et la littérature espagnoles. Cette inlluence prévalut sur rinfluence italienne précédemment introduite par les expéditions de Charles VIII et de François I", et surtout par l'alliance des Médicis ; mais elle se maintint moins longlems. Aujourd'hui le moi paragnante exige une note. C'était le mot de la société polie : le peuple ne l'avait pas reçu; mais il avait reçu l'idée, il l'avait traduite à son usage, et elle persiste encore dans cette locution figurée, se donner les gants de quelque chose, laquelle, selon toute apparence, durera autant que la langue française.

Je disque le p(M)[)le l'a accommodée à son usage, car rEs[)agnol n'a pas cette expression vr donner les gunts»

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